Chantal RODIER

Chantal RODIER

ARTISTE PEINTRE -POÉTESSE- Marsac en Livradois

Articles avec flore ou la rage de vaincre catégorie

Publié le par AURORE
Publié dans : Flore ou la rage de vaincre

8-L’ombre et la lumière

 

Deux années s’étaient écoulées, je n’étais pas encore guérie. Mes rêves étaient sombres et tristes, mes cauchemars encore nombreux. Je me haïssais. Je détestais d’avoir été si faible. Ceux que j’avais connus à l’hôpital m’offraient leur écoute et leur compassion. Mes visites chez le psychiatre étaient de moins en moins rapprochées, par bravoure sûrement de vouloir m’en sortir seule. Avec des sourires qui sonnaient l’heure du silence, mes lèvres commençaient à laisser échapper mes maux, mes pensées. Timidement, encore très éprouvée, j’optais pour une vraie ouverture : la communication. Cela me semblait difficile, j’avais perdu toute confiance en le monde et en moi.

Vérité d'un duel interminable, d'une guerre de deux mondes sans en connaître leur naissance. Vérité d'un cercle dans lequel sillonnent le bien et le mal. Quelque chose en moi heurta mon bonheur. Un sentiment indéfinissable de recul. Quelque chose de bien enfoui au fond de moi en tout les cas pour m’interdire cette joie. L’abandon de ma mère, de mon père, de l’orphelinat, tout me disait que je devais le rejeter. Fermer cette porte au oui de l’avenir. Rester là, bloquée et sans survie dans un soupçon de béatitude.

J'entreprenais de refaire du sport et reprendre des études, j'avais vingt six ans. Ce corps que j'avais délaissé, devenait ma préoccupation première. Il fallait que je m'en occupe car, me disais-je, un seul corps m'avait été donné et je me devais d’en prendre soin. Attirée par le fait que je pensais que l'homme était le plus parfait des diamants, je me lançai dans des études littéraires. Mon chemin m’avait fait rencontrer un professeur de français, Christian. Coïncidence, il enseignait à Fontainebleau. Avec lui, j'appris le sens des mots, sauf celui d'aimer. Je repris des Etudes littéraires. Me soigner était ma priorité. Reprendre des forces et mon travail, voilà ce qui m'obsédait. Cependant, retourner sur les lieux de l'agression, le pourrais-je de nouveau? Il me fallait outrepasser toutes les rancœurs de ma vie. Il me fallait dompter ce corps qui partait à la dérive et calmer ma haine. Je revoyais mes promenades au bord des rivières, je revoyais le calme que les sœurs de l’orphelinat m'avaient appris à découvrir. Tout rayonnait, tout chantait les belles couleurs clairs des eaux vives.

Bien des lunes et des levers de soleil avaient défilé, bien des journées à ne rien faire avaient rempli cette misérable vie qu'était la mienne. C’est en silence que mes amis étaient près de moi en attendant sans doute mon réveil. Dans le hangar de ma vie je regardais mes désirs et mes joies déposés. Je remontais le temps depuis mon enfance. Je voulais me revoir, comprendre pourquoi mon chemin de doux bonheur m’avait fuit. Faire un retour en arrière sur toutes ces catastrophes comme si que le miroir me rendait l’illusion d’être encore là à cet instant précis dans mon passé. Il me fallait beaucoup de courage et d’abnégation, je ne devais surtout pas me flatter. Accepter le beau, le vrai de mes qualités, accepter aussi le laid de mes défauts. Enfin de compte, je voulais aller à la rencontre de moi-même.

Dimanche, nous étions Dimanche, ma sœur Zina m’attendait pour le repas partagé de ce jour. Je me devais d’être présente, je le devais, sinon elle penserait encore que ma place était ailleurs. Me dire que tout était possible, que l’avenir m’attendait et qu’il me suffisait d’avancer et de croire en la concrétisation d’un avenir meilleur.

Était-ce aussi simple que cela, lorsque Dorienne me disait de tourner la page ? Mais quelle page de ma vie alors que je ne voyais qu’un grand trou noir ! Mais qu’en était-il de tous mes rêves ? Rien juste un rêve. Parfois j’avais si froid, si froid dans mon grand lit ! Parfois j’avais si peur, peur de ce monde qui me faisait du mal à en mourir. Où étais-je réellement ? Entre deux mondes parallèles devant mes réalités ou n’étais-je que le fantôme de moi-même ?

Le temps me semblait long, cette providence que j’attendais tant, sera-t-elle là aussi pour moi ?

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Publié le par AURORE
Publié dans : Flore ou la rage de vaincre

Épilogue

 

Je me résignais à vivre à jamais avec cette histoire, ma vie n'aurait plus jamais le même sens, quand à ma vie professionnelle, j'ai démissionné de mon poste en Bibliothèque d’Étampes.

Un matin de printemps, je ne leva tôt, d'un grand élan pour marcher dans la nature.

Ce fut au travers des monts et des vallées de notre belle campagne du Puy de Dôme qu'enfin, je réussissais à pousser un immense cri sorti des profondeurs de mon ventre. La vie entrait dans mes poumons, reprenant sa place de reine. Elle sentait bon. Elle avait une odeur de renaissance que je n'avais pas respirée jusqu’alors. Le bonheur tranquillement s'installa. Je souriais, enfin je riais. Près d'un ruisseau, je m’arrêtais, buvant son eau claire, limpide et fraiche. Nue, je me laissais glisser, sans me soucier du monde des humains, me surprenant à faire la planche, à nager, à glisser dans cette eau claire. J’avais trouvé un endroit d'une beauté sans égal ou les oiseaux gazouillaient. Son clapotis sauvage enveloppait tout mon corps. Le vent léger vivait à sa guise. La musique offrait à mes oreilles ses notes claires, qu'en une seconde, elle recouvrait mon corps qui s'enfonçait dans le sol frais. Le temps n'avait plus sa place. Il n’y avait que moi et la nature. Je voulais danser à en perdre haleine, respirer à en être ivre. J'étais comme un feu follet, voulant embraser la vie, bousculer le monde. Au fond de moi, je voulais m'oublier. Vivre dans le rêve de cet amour que j’avais laissé échapper comme une sorte de vagabondage de mon âme.

Je criais " Holocauste ! Holocauste !" , contre ce bourreau, priant notre puissant Seigneur de me donner la force, le courage et rage de vaincre.

 

AURORE

 

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Publié le par AURORE
Publié dans : Flore ou la rage de vaincre
lettre  (Dorienne) en 1984

lettre (Dorienne) en 1984

EPILOGUE 2

 

Tout au long de ces années j'ai gardé son courrier que je n'ai jamais donné au SRPJ d' Evry, oublié dans un livre de Boris Vian, retrouvé il y a peu de temps.

J'ai lutté contre cette terrible histoire, lutté contre cette injustice.

Tous ceux et celles qui n'ont rien demandé et qui au hasard de leur vie subisse un dommage, dites vous bien à quel point je comprends votre douleur.

Sachez que le temps est long pour réparer, seul votre force à vaincre les méandres de l'ombre obscur dans lequel nous glissons permet de continuer d’espérer

Bien souvent je me suis dis qu'un jour quelqu'un lira ces quelques pages et que la justice rétablira la Vérité.

Parfois malgré soi et surtout comme des événements que nous venons de passer, à Paris, ici en France et dans le monde, dus au terrorisme, à la haine, à la jalousie, me replonge dans des images que moi j'aurai bien voulu oublier.

Alors je m'accroche et je continue de sourire car tout près de moi je sais que je suis aimée et c'est cela qui me donne la puissance dans mes écrits et dans ma peinture.

Mais tout mon être restera à jamais blessé.

 

lettre de Martine (Dorienne) en 1984

lettre de Martine (Dorienne) en 1984

" Lui ARTHUR avait bénéficié d'un non-lieu au procès du tribunal correctionnel d'EVRY. Je n'étais pas présente ce jour là car je n'en avais pas eu le communiqué et que de toute façon je n'étais pas encore prête pour revivre cette histoire.l'instigateur Zanibé Mohamed, il ne fut jamais retrouvé.Seule moi savais.

ARTHUR vivra toutes sa vie avec ce qu'il a fait : cogner, battre, piquer et braquer d' un coup de revolver de sang froid et tirer sur un humain qui d'autant plus n'est qu'une femme! Quoi de plus lâche. Il vit tranquillement maintenant avec sa famille dans sa boutique d'Etampes, sans jamais avoir été ennuyé.

Au fond de lui, il doit bien sourire de tout cela, car lui savait que l'histoire de Flore était vraie ! Pour lui? une tentative d'homicide volontaire lui a valu que quelques semaines de prison à Fleury Mérogis.

Juste à redire ces mots : " Tu vois, je sais bien tirer...tu n'es pas morte..."

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