Chantal RODIER dit AURORE

Chantal RODIER dit AURORE

ARTISTE PEINTRE-6 Route d'Ambert-63940 Marsac en Livradois-06.28.43.73.10 cotée chez AKOUN

Publié le par AURORE
Publié dans : Flore ou la rage de vaincre

8-L’ombre et la lumière

Deux années s’étaient écoulées, je n’étais pas encore guérie. Mes rêves étaient sombres et tristes, mes cauchemars encore nombreux. Je me haïssais. Je détestais d’avoir été si faible. Ceux que j’avais connus à l’hôpital m’offraient leur écoute et leur compassion. Mes visites chez le psychiatre étaient de moins en moins rapprochées, par bravoure sûrement de vouloir m’en sortir seule. Avec des sourires qui sonnaient l’heure du silence, mes lèvres commençaient à laisser échapper mes maux, mes pensées. Timidement, encore très éprouvée, j’optais pour une vraie ouverture : la communication. Cela me semblait difficile, j’avais perdu toute confiance en le monde et en moi.

Vérité d'un duel interminable, d'une guerre de deux mondes sans en connaître leur naissance. Vérité d'un cercle dans lequel sillonnent le bien et le mal. Quelque chose en moi heurta mon bonheur. Un sentiment indéfinissable de recul. Quelque chose de bien enfoui au fond de moi en tout les cas pour m’interdire cette joie. L’abandon de ma mère, de mon père, de l’orphelinat, tout me disait que je devais le rejeter. Fermer cette porte au oui de l’avenir. Rester là, bloquée et sans survie dans un soupçon de béatitude.

J'entreprenais de refaire du sport et reprendre des études, j'avais vingt six ans. Ce corps que j'avais délaissé, devenait ma préoccupation première. Il fallait que je m'en occupe car, me disais-je, un seul corps m'avait été donné et je me devais d’en prendre soin. Attirée par le fait que je pensais que l'homme était le plus parfait des diamants, je me lançai dans des études littéraires. Mon chemin m’avait fait rencontrer un professeur de français, Christian. Coïncidence, il enseignait à Fontainebleau. Avec lui, j'appris le sens des mots, sauf celui d'aimer. Je repris des Etudes littéraires. Me soigner était ma priorité. Reprendre des forces et mon travail, voilà ce qui m'obsédait. Cependant, retourner sur les lieux de l'agression, le pourrais-je de nouveau? Il me fallait outrepasser toutes les rancœurs de ma vie. Il me fallait dompter ce corps qui partait à la dérive et calmer ma haine. Je revoyais mes promenades au bord des rivières, je revoyais le calme que les sœurs de l’orphelinat m'avaient appris à découvrir. Tout rayonnait, tout chantait les belles couleurs clairs des eaux vives.

Bien des lunes et des levers de soleil avaient défilé, bien des journées à ne rien faire avaient rempli cette misérable vie qu'était la mienne. C’est en silence que mes amis étaient près de moi en attendant sans doute mon réveil. Dans le hangar de ma vie je regardais mes désirs et mes joies déposés. Je remontais le temps depuis mon enfance. Je voulais me revoir, comprendre pourquoi mon chemin de doux bonheur m’avait fuit. Faire un retour en arrière sur toutes ces catastrophes comme si que le miroir me rendait l’illusion d’être encore là à cet instant précis dans mon passé. Il me fallait beaucoup de courage et d’abnégation, je ne devais surtout pas me flatter. Accepter le beau, le vrai de mes qualités, accepter aussi le laid de mes défauts. Enfin de compte, je voulais aller à la rencontre de moi-même.

Dimanche, nous étions Dimanche, ma sœur Zina m’attendait pour le repas partagé de ce jour. Je me devais d’être présente, je le devais, sinon elle penserait encore que ma place était ailleurs. Me dire que tout était possible, que l’avenir m’attendait et qu’il me suffisait d’avancer et de croire en la concrétisation d’un avenir meilleur.

Était-ce aussi simple que cela, lorsque Dorienne me disait de tourner la page ? Mais quelle page de ma vie alors que je ne voyais qu’un grand trou noir ! Mais qu’en était-il de tous mes rêves ? Rien juste un rêve. Parfois j’avais si froid, si froid dans mon grand lit ! Parfois j’avais si peur, peur de ce monde qui me faisait du mal à en mourir. Où étais-je réellement ? Entre deux mondes parallèles devant mes réalités ou n’étais-je que le fantôme de moi-même ?

Le temps me semblait long, cette providence que j’attendais tant, sera-t-elle là aussi pour moi ?

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