Chantal RODIER dit AURORE

Chantal RODIER dit AURORE

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Publié le par AURORE
Publié dans : roman : Colette et le guépard

Roman des amours

Colette et le Guépard


 

Leurs êtres n’étaient que résonance de leurs voix amoureuses. L’homme brun, habitant d’un pays lointain, n’avait d’yeux que pour cette belle jeune fille d’allure fine, à la peau blanche et claire qu’il avait vu uniquement sur une photographie envoyée de France par son ami Paul. Tout de suite elle lui avait plu et son cœur se mit à battre tellement fort qu’il était sûr que ce fut  elle qu’il attendait depuis toujours.

Colette, jeune fille coquette, rougissait  à de telles déclarations si inattendues, rapportées par Paul qui n’était autre que son cousin, le grand voyageur arrivé depuis la veille d’un pays non loin du désert. Il lui expliqua avec un déferlement de mots et de phrases quelques coutumes de ces indigènes au teint mat. Elle était éblouie par tant de représentations, tant de couleurs vives dans les yeux de son cousin. La nuit était tardive lorsqu’il lui révéla avoir rencontré une personne digne d’être un roi. Il le décrivait d’une telle beauté qu'elle en souriait de plaisir. Il lui avoua avoir emmené une photo d’elle, celle ou elle était si belle dans cette robe de taffetas blanc dont la taille se dessinait par une belle ceinture cotonnée brodée à la main par sa mère. A la vue de cette beauté, l'étranger était tombé sous son charme de la couleur rosée de son teint et de sa jeunesse. Au lendemain, Paul  il lui fit tenir la promesse de ne jamais dévoiler ce  secret.

Colette commençait à rêver, passant des heures avec Paul qui sans lassitude lui contait ses aventures. Elle préférait tenir des distances afin dit  elle de mieux le connaître. Cependant chaque soir le cœur battant la chamade, elle s’asseyait sur le fauteuil en velours rouge tout près de l'escalier en colimaçon qui donnait sur les étages supérieurs, espérant  un appel du majordome lui annonçant une visite privée. Remplie de brûlants et doux espoirs, luttant contre le sommeil qui la guettait, elle finissait par s'assoupir. Toutes ces années derrières elle, de bals donnés en son honneur. Tous ses prétendants qui lui faisaient douter maintenant de ces vraies espérances. Que de fois elle a cru rencontrer l’amour, combien de fois elle s’était trompée sur ses propres sentiments. Des  émotions semblables à un nuage vertigineux lui firent bien souvent  virevolter la tête. Elle mettait ses pleurs, ses déceptions  dans de beaux mouchoirs blancs signés de fil doré.

Sa réussite, elle la devait à son entêtement, encouragée par ses parents qui n’avaient qu’elle pour enfant. Elle craignait son père, solide gaillard à la voix forte mais dont l’autorité était aussi juste qu’effroyable, elle aimait sa splendide mère et l’admirait pour tout le temps qu’elle lui donnait.

Leur demeure avait été conçue par son oncle le comte De Marchegay, l’architecte aux idées révolutionnaires  et innovatrices pour cette période des années 1900. Possédant une grande fortune, l’électricité  qui faisait la gloire en ce temps de Paname, resplendissait dans leur demeure. La famille  De Roiblasse représentait l’honneur et le respect dans la ville, leur fille unique était très convoitée.
 

Aurore

 

 

 

 

 

 

 

 

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COLETTE ET LE GUEPARD

Les préparatifs



Leur demeure avait été conçue par son oncle le comte De Marchegay, l’architecte aux idées révolutionnaires et innovatrices pour cette période des années 1900. Possédant une grande fortune, l’électricité  qui faisait la gloire en ce temps de Paname, resplendissait dans leur habitation. La famille  De Roiblasse représentait l’honneur et le respect dans la ville, la fortune et leur fille unique était très convoitée.
Un grand portail en fer forgé gardait la maison, surmonté d’un écriteau « A la porte dorée ». Sur deux piliers des anges en bronze surveillaient l’entrée, des aulnes bordés l’allée principale, Ignace  jardinier d’un physique charpenté prenait grand soin des rosiers dont les fleurs procuraient l’admiration des amis, des voisins et des visiteurs. Il excellait avec fierté de choisir les plus belles plantes afin d’orner ce grand jardin de style Le Nôtre. Embauché depuis plus de trente années, sa renommée de tailleur des haies s’entendait jusqu’au frontière de la contrée du beaujolais. Il considérait cette terre dorée comme la sienne, l’aimait et la respectait, d’ailleurs n’était il pas l’architecte de ces lieux, de ces excellences.  Arrivé dans la capitale un soir d’hiver en mille huit cent soixante treize et âgé d’une vingtaine d’années il fit vite ses preuves de sérieux.Une grande aventure s’offrait à lui, il avait été désigné pour  élaborer sur trois ans des jardins à la française dans tous les parcs parisiens, un challenge que jamais il n’aurait osé rêver.Le nouveau printemps  parsemait les rues des bourgeons nouveaux nés et l’approche de l’exposition universelle se mettait doucement en place. Le monde entier s’afférait pour célébrer ce grand passage d’un autre millénaire, le vingtième siècle ! Que d’agitation et d’excitation, toute la population s’afférait des jeunes aux plus âgés. La responsabilité de l’organisation revenait à Monsieur Roiblasse Christophe. Son allure imposante, son regard franc, l’ensemble de ses connaissances de part ses nombreux voyages démontrèrent son intelligence et faisait de lui le maitre incontesté en la matière. Il connaissait aussi bien l’architecture, l’alchimie, possédait un penchant pour les nouvelles sciences. Margé son envoutement pour les mathématiques, il se passionnait aussi pour la politique de l’injustice d’ailleurs il suivait de près monsieur Emile Zola qui partageait volontiers ses idées sur son écrit « J’accuse » tirée de l’affaire Dreyfus. L’exposition devait prendre place des champs Elysées en passant par l’esplanade, les Invalides, les quais dont 15 pays participants devaient être représentés par des pavillons aux couleurs vives et aussi splendides les uns que les autres. La Belgique avait répondu à cet appel.
La technologie nouvelle s’annonçait. Le plus extraordinaire la première sortie de la cinématographie, du train des voyageurs et des marchandises roulant entre 6 et dix kilomètres heures. L’apparition du premier métro excitait l’ensemble de la population. La fête de ce gigantesque édifice au plein cœur de la ville.




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COLETTE ET LE GUEPARD




Architectes et ouvriers venus du monde entier se côtoyèrent durant plus de trois longues années. Il fallait que tout soit prêt en temps.Un immense projet se dessinait au sein de la France. Les peintres, comme ceux venus de Pont-Aven sur les traces de Gauguin ainsi que Monnet qui devait faire son exposition en Mars de ses superbes nymphéas, tableaux tant attendus dans les galeries, les écrivains comme Mirbeau qui était le dévoué, l’ ami de la famille ainsi que les photographes se rassemblèrent lors d’un grand repas donné chez les «  De Roiblasse ». Chacun difusa son opinion à propos l’art moderne. On parlait de politique et de sujet divers concernant le président Emile Loubet. Seul l'avis de « Dufrêne » suscita des désaccords, il prétextait que c'était l'ouverture de l'art dans toutes ses fantaisies et son anarchie.

Colette qui ne disait mots était pourtant heureuse de se savoir au cœur de ce mouvement et dans tout ce remue-ménage avec sa tendre mère Delphine qui s’occupait de la restauration des meubles familiaux. Elle avait en charge de se renseigner et de diriger les ateliers de couture. Les couleurs et la modernité des événements occupaient tout son esprit. Elle voulait mettre sa touche personnelle à cette première grande fête. Sous les regards parfois désapprobateurs de sa tendre mère, elle choisissait en maitresse les tissus de matière la plus noble qui orneraient les stands des invités. Des couleurs vives de la soie ocre et rouge provenant directement de l'usine de Jujurieux du département de l'Ain bien connue pour l'élevage de ses vers à soie, avaient sa préférence.

 Souvent Ignace les conduisait dans les plus grands magasins en ayant un réel plaisir à atteler l’une des dernières calèches de la collection familiale. Il avait l’honneur de la faire briller et était très fier lorsque mademoiselle s’installait avec ses grandes robes blanches en taffeta brodée.

 




Lorsqu’il les déposait, il se dirigeait dans le parc et tout en fumant tranquillement sa pipe il prenait part aux discussions actives sur les nouvelles lois du travail car à partir du mois de mars Alexandre Millerand inaugurera l’ensemble des lois qui modifiera le statut des ouvriers. Enfin pour la première fois il y aura une limitation du temps de travail. Onze heures de travail par jour avec un repos hebdomadaire et une promesse timide d'une la retraite  méritée. Une avancée incluant des syndicats, une première.
Ce temps de pose lui semblait le plus précieux, enfin il se sentait libre d’exprimer ses idées et de les partager ce qui était impensable devant ses employeurs qui lui en demandait toujours plus.


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L'atelier de couture




La cousine Géraldine prenait part aux préparatifs, à elle revenait le soin de confectionner les derniers habits à la mode, de choisir les chaussures qui en seraient assorties. Pour les ballades des champs Elysées elle avait prévu toutes sortes de chapeaux pour ces belles dames. Suivant le mouvement elle aurait cependant bien voulu côtoyer la jeune Coco Chanel qui faisait des ravages avec ses doigts à coudre. C’était une ravissante jeune fille d’une vingtaine d’années, un peu rondelette qui sciait à merveille son charme. Elle était toujours prête à se lancer dans de nouvelles connaissances, de nouvelles rencontres. Très courtisée, elle excellait de brillance par un langage des plus raffinés.  Elle aimait surtout flâner dans ce nouveau petit magasin de colifichets ouvert par Théophile Bader et qui présentait des accessoires de la dernière mode et quelques robes, ce qui était risqué d’un point de vu économique. Il  relevait le défi car la crise économique qui selon lui ne toucherait pas son domaine professionnel, bien qu’il eu entendu que les chinois se préparaient à prendre ce marché. Rien ne l’arrêterait car pour lui la mode est une affaire de raffinement et non pas de marché en gros. Etant l’ami de la famille « De Roiblasse » il se sentait rassuré et sur de lui. Sa boutique était installée à l’angle de la rue de la chaussée-d’Antan et du boulevard Lafayette. Souvent des midinettes su quartier s’arrêtaient pour regarder la devanture. De belles dentelles blanches ornèrent la vitrine. C’est elles que Géraldine regardait pensant qu’elles orneraient au mieux les robes dont elle prenait plaisir à dessiner.


Géraldine régnait en maitresse dans ce monde. Une certaine responsabilité se dégageait d’elle. Rien ne lui échappait.
Avec énergie elle poussa la porte de son atelier. En posant son beau chapeau vert sur le tabouret, s’exclama devant les ouvrières

« Mesdemoiselles, nous allons recevoir pour notre commande de nouvelles machines à coudre.

Tout doit être à la perfection aussi je vais changer les équipes. Vous travaillerez par groupe de deux et chacune d’entre vous aura une tâche bien particulière, mais vous serez liées de l’une à l’autre. Aussi je vous demande d’apporter toute votre vigilance dans ce nouveau travail d’équipe. Il vous faudra durant les mois qui suivent travailler un peu plus que les dix heures annoncées par Millerand et un plus rapidement. Vos salaires en seront augmentés. Je ne tolérerais aucune absence, je vous laisse choisir cependant si vous trouvez que le labeur que je vous demande est au-dessus de vos capacités vous pouvez quittez ma maison. Je vous en laisse le choix. »

Elle menait son équipe dans un équilibre et en parfaite harmonie. Souvent lors du déjeuner, elle prenait plaisir à converser avec les ouvrières.

« Laura et Lise  vous serez au surfilage. Elisabeth et Prescilla, au surpiquage. Nous utiliserons la couture point simple et point à l’anglaise, le point de chausson et le point caché. »

S’adressant à Laure qui était la meilleure couturière du quartier.

« Laure deux nouvelles vont arrivés courant de la semaine prochaine. Je vous demande de bien les accueillir et de les seconder. Elles auront pour tâches de vous préparez tous les ourlets »

« Notre nouvelle collection sera agrémentée de belles dentelles blanches »

Géraldine, qui au fond d’elle-même trépidait d’impatience en attendant le jour de l’ouverture de cette grande exposition ou tant de monde, tant de pays étaient conviés, n’avait qu’une seule hâte celle de rejoindre sa cousine avec qui elle avait tant d’événements à partager.
D'un geste vif elle prit le phonographe.


"Colette, qu'elle joie de te serrer dans mes bras, figures toi que je viens d'avoir une invitation pour deux de la part du Comte Rochenstein, homme fort beau et galand je t'avoue,pour se rendre aux folies bergéres. J'aimerai être accompagné de toi. "

L'excitation était à son comble. Les deux jeunes femmes soudainement trouvérent une occupation de bavardage de la plus extrême des importances.

Colette se prit au jeu de cette soirée.

"Ma cousine, le robe verte t'irait à merveille, elle rehausse la couleur de tes yeux."

" Géraldine, tu devrais chausser ces petits escarpins que ta mère t'a offert récemment, ils donneraient plus de gaieté à ta robe ". Chacune d'elle s'afférait à décrire leur garde-robe.



 


 

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Les folies Bergères

Les folies bergères étaient l'un des endroits les plus fréquentés de Paris au début de ce siècle. Son décor envoûtant, plantes et jeu d’eau, donnait l’impression de se retrouver dans un jardin oriental. Aucunes portes n'étaient posées de la salle théâtrale au hall ou dans le promenoir. Chacun circulait comme bon lui semblait. Ce lieu de divertissement était un endroit très convoité tant il représentait la liberté. Sa position au plein cœur de la capitale lui assurait sa prospérité.

Bien que ce théâtre ait une réputation d’Art populaire, il attirait des foules en délire dans son enclave.
Monsieur  De Roiblasse au courant de cette soirée, redoutant les bousculades mais surtout les approches de jeunes gens à l’affût de sa jeune belle accepta à la seule condition qu’elle fut accompagnée par Ignace leur majordome.

« Ma jolie, ta cousine Géraldine a toujours des idées quelques peu dangereuses et osées. Je te donne ma permission à une condition que ton frère Paul vous accompagne et vous ramène saines et sauves. »


Dans cette ambiance de fête les deux jeunes filles se préparèrent ainsi que Paul d’ailleurs qui se revêtit de son plus beau couvre-chef, un chapeau haut de forme en feutrine noire et couvrit ses épaules d'une longue gabardine.
Colette pour cette occasion choisit sa robe mousseline de couleur rose, tenant une fleur à la main quand à Géraldine, elle se décida pour sa robe jaune dont le décolleté laissait entre-apercevoir une poitrine galbée. 


 



Les jeunes gens prirent places dans la calèche familiale. Colette près de la portière et Paul assis cote à cote de Géraldine.

 

Les rires montants firent soupirer le brave Ignace qui essayait tant bien que mal de se frayer un chemin dans ce grand boulevard des galeries Lafayette.
 

Les lumières éclairaient  la rue, les nouvelles voitures étaient toutes aussi brillantes et lustrées les unes que les autres . Il faisait juste un froid à vous ragaillardir. On distinguait les jeunes filles agitant gaiement leurs mouchoirs multicolores. Toute la jeunesse se dirigeait au même endroit ce soir là car la représentation annoncée était unique. L’arrivée de Jelly Roll Morton, le musicien des musiciens de passage dans la capitale, faisait monter le son des réjouissances. 20 heures, pile à l’heure, lorsque la calèche se gara devant la porte d’entrée du fameux cabaret. La foule pressait le pas. Les cotillons étaient au rendez-vous.

 

Paul était fier de tenir par le bras ces deux jeunes demoiselles.

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COLETTE ET LE GUEPARD

Les folies bergères

Paul était fier de tenir par le bras ces deux jeunes demoiselles.

La haute bourgeoisie était à son comble. Les marches des escaliers étaient recouvertes d’un tapis rouge feutrine. Les employés s’affairaient. Les serveuses aux petits soins tendaient sur des plateaux d’argent une coupe de champagne en guise de bienvenue. Ce temple qui devenait l’antre des discussions de la gente féminine était au complet. Certains trouvèrent conférence entre deux halles, d’autres rejoignaient le bar avec des rires qui remplissaient le cœur de gaieté. Chacun prit sa place. Tout le monde se bousculait lorsque l’on annonça l’entrée de la grande Sarah Bernhardt. Sa voix était répandue dans le monde presqu’entier. Le fait de sa présence durant l’exposition donnait une grandeur inestimable à notre France. Durant la cérémonie finale, sa voix devait se répandre aux confins des champs Elysées. C’était la vedette dans son absolu.


« Vous l’avez-vous aperçu ?»


« Non, pas encore »


«  Et toi Colette ? Il parait qu’elle serait malade. Quel dommage, mais mon Dieu quel sincère dommage ma chère cousine que de ne pas la voir.  » Disait Géraldine


Les places sur le perron devenait très chère quand tout à coup  mademoiselle Yvette Guilbert apparut. Elle virevoltait sur elle-même faisant de grands gestes sûre d’avoir réussi son entrée. Cette femme était la cancanière de Sarah, une chanteuse de café-bar à se méprendre et à se méfier si toutefois elle vous avait dans sa manche. En l’occurrence ce n’était pas l’amie de Sarah, par jalousie sans doute. car elle aussi donnait des représentations au moulin rouge depuis 1891 déjà. Elle avait eu l’ouverture par la connaissance direct de Monsieur Charles Zilder le créateur et elle en était très fière. Elle était venue ici pour se distraire. Coquette et féminine elle portait une robe cintrée à la taille de la nouvelle collection en début de ce siècle. Sa réputation avait été longue à venir. Cela l’avait beaucoup fatiguée même épuisé.


Paul le frère de Colette s’intéressait énormément à cette chanteuse qui pouvait lui faire rencontrer ce grand Marcel Proust.

C’est donc dans la joie que  la troupe terminait cette soirée.

« Savez vous mon cher Paul, je vais quitter Paname, la France. Jamais je n’oublierai le succès que j’ai rencontré. Oh !je sais vous faites parti de mes admirateurs et j’en suis fière, croyez-moi. Que penseriez-vous de vous joindre à ma soirée que je donnerai en guise d’un aurevoir, pas d’un adieu juste d’un aurevoir car je reviendrai, oui je reviendrai, Paname est si belle et si pleine de vie ! Les gens telle que vous et votre famille sont si accueillant ! Cependant l’Amérique m’attend, la grande et la glorieuse » dit-elle en agitant son beau mouchoir à dentelles dont on en distinguait les initiales.


« Avec plaisir, Madame, mais si vous me le permettez je serai accompagné de ma sœur Colette que voici. Elle est jeune certes mais elle est très attirée par la Culture vous verrez elle sera capable de vous surprendre dans ces discussions et ses interrogations. »
 

« Que cela me plait, Paul, un peu de gaieté autour de nous donnera à ma fête que plus d’intérêt. Je dois vous avouer, mon cher Paul que rien que votre présence en ma demeure est déjà une étincelle de bonheur. »
 

Paul  se mit à sourire devant cette déclaration fortuite.

Il prit congés de Sarah et allé rejoindre sa sœur dans un état de fébrilité bienheureuse.

 

Ignace qui savait la soirée venue à son terme attendait devant les escaliers dont la rampe était dorée. Dans la calèche sur le chemin du retour, une seule voix se faisait entendre.
 

« Savez vous qu’en réalité Yvette Guilbert est très malade oui très malade comme une pneumonie ! Qu’importe de ne pas avoir eu la surprise d’entrevoir Sarah Bernhardt» chuchotait Géraldine.


 

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COLETTE ET LE GUEPARD

Madame DE ROIBLASSE

 

Madame De Roiblasse étonnait le tout Paris tant son charme et son intelligence rayonnaient dans les salons de la haute bourgeoisie. De la fenêtre du hall d'entrée, elle guettait avec impatience le retour de ces jeunes gens, comme un chat guette sa proie. Cela lui aurait bien plu d’aller avec eux, mais son grand respect devant cette nouvelle jeunesse lui fit reculer son désir. Son prénom Joséphine lui venait de son arrière grand-mère réputée d’être une femme de tête. Joséphine qui était dotée de beaucoup de goût s’intéressait aux gens de l’Art, de la peinture et de la musique qui prenaient à cette époque un tournant Jazz-blues, grande mode de l’année.
 

Elle était préoccupée par sa réception proche.

Sa fille Colette l’aidait énormément dans les courriers. Quand à Ignace notre Majordome, il  s’épuisait dans les allées-retours entre la demeure et la grande poste du boulevard Hausman afin d’envoyer dans les délais  les cartons d’invitation. Il les prenait avec précaution car chacun était dessiné sur un parchemin authentique, de la main du peintre d’Henri Lemoine. La famille ne comptait pas l’argent. L’ensemble était réalisé avec une extrême délicatesse. Lors des réceptions toutes les tables étaient recouvertes de belles nappes brodées multicolores.
Les chandeliers illuminaient la pièce principale principale avec l’éclairement d’un soleil d’été.
Tout était passé en revu la veille et rien n’était laissé au hasard. Ce n’est que le lendemain dans le courant de l’après-midi que les fleurs arrivaient. Leur disposition était laissée au  petit soin d’Ignace qui savait si bien le faire.

 

« Aujourd'hui le livreur des galeries Layette m'a apporté une centaine de petits cartons.
Je pense que cela  devrait suffire pour le bal que nous organisons.
Mais où ais-je déposé mes lunettes ! Nous ne devons oublier personne!
Colette, voulez vous avec moi revoir cette liste, elle se trouve dans mon carnet rouge que j’ai placé dans la commande de la bibliothèque à l’anglaise du premier étage ? »

 

Comme un petit chat Colette revenait en portant précieusement le carnet d’adresse.
 

« Voyons un peu » faisait mine d’inquiétude sa mère.
 

« Nous avons Monsieur Millerand, le politicien, qui se placera en face de mon époux, à ses cotés nous placerons Monsieur Zola puis Monsieur Monnet, l’écrivain Mirbeau… »
 

Elle n’en finissait d’énumérer lorsqu’Ignace fit son apparition.
 

« Madame nous avons un gentleman venu des Amériques dit –il , qui désire avoir un entretien avec votre personne. Que dois-je lui dire ? »
 

« Que lui dire ? Mais qui est-il ? Le savez vous Ignace ?»
 

« Je l’ignore, Madame, il n’a pas décliné son nom il dit qu’il vient de la part de Monsieur Eiffel et qu’il est chargé d’une mission secrète. »
 

Le fait d’avoir prononcé ce mot Madame De Roiblasse se sentit touchée de recevoir en sa demeure une soudaine confidentialité.



 

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La LECON DE PIANO

« Nous avons Monsieur Millerand, le politicien, qui se placera en face de mon époux, à ses cotés nous placerons Monsieur Zola puis Monsieur Monnet, l’écrivain Mirbeau… »

Elle n’en finissait d’énumérer lorsqu’Ignace fit son apparition.

« Madame nous avons un gentleman de retour d’Italie  qui désire avoir un entretien avec votre personne. Que dois-je lui dire ? »

« Que lui dire ? Mais qui est-il ? Le savez vous Ignace ?»

« Je l’ignore, Madame, il n’a pas d'éclat Madame De Roiblasse se sentit touchée de recevoir en sa demeure une soudaine confidentialité.


 
Le jeune homme en question qui en réalité était déjà d’âge mur fit son apparition. Sa silhouette élégante de belle allure surprit Joséphine qui n’avait pas souvenir de l’avoir vu auparavant, avançait d’un pas sur.

« Madame, hommage vous est donné. Je me présente Claude – Achille Debussy, compositeur marié à l’une de vos anciennes couturières Rosalie Lilly dont les broderies décorent certaines maisons de grandes renommées. » lui disait-il tout en lui déposant un baisemain.

« C’est avec grand plaisir, que je viens de composer pour votre bal prochain, certains morceaux de piano pour accompagner les valses de vos jeunes gens. »

 

Soudainement l’hôtesse de maison, se leva. Elle se souvenait de ce grand musicien qui brillait de son art dans tout Paname. Sa renommée était mondiale aux dires de son époux qui l’avait entretenue, il y a quelques jours de cela déjà, des artistes les plus connus qui participeront à cette grande exposition. Mais devant toutes ses préoccupations elle en avait oublié certains. Dans son fort intérieur elle rougit de son manque de mémoire et fit mine de s’en souvenir.

« Mais ou avais-je l’esprit, je vous en prie, monsieur, allons dans le grand salon. Il est plus acoustique pour entendre vos mélodies. »

Claude- Achille devant le piano noir à queue s’élançait par delà sa virtuosité. C’est comme si tout le décor avait disparu. Il n’y avait plus que lui et ses notes qui s’envolaient.

Joséphine qui était accompagnée de Colette fut agréablement surprise car elle venait de comprendre qu’elle avait devant elle un des plus grands compositeurs contemporains du monde. Son cœur et son âme voltigeaient, librement éperdus dans les accords qu’elle entendait. Colette devinait l’extraordinaire cadeau que son père lui faisait. Car cette fête, ce bal était donné en l’honneur de ses vingt ansi.

Durant quelques instants, elle aussi s’émerveilla de la puissance de cet artiste. Claude en retournant s’en aperçut.

« Mademoiselle Colette, voulez-vous bien vous assoir à mes côtés sur ce tabouret. J’aurai moi aussi grand plaisir à partager quelques notes, quelques touches avec vous sur ce superbe piano. ? »

Timidement notre jeune fille lança un bref coup d’œil à sa mère qui acquiesça. Elle trébucha en avançant dans le pied du guéridon sur lequel était dignement posé un vase provenant de Chine, très prisé d’ailleurs à cette époque. Elle fit virevolter dans un bruit léger sa grande robe mousseline blanche, qui se mit à faire des vagues. Sa première leçon débutait.



 

 

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