Chantal RODIER dit AURORE

Chantal RODIER dit AURORE

ARTISTE PEINTRE (6 Route d'Ambert-63940 Marsac en Livradois) telephone : +336.28.43.73.10

Publié le par Chantal Rodier dit Aurore
Publié dans : Flore ou la rage de vaincre

3 - L'écorchée vive

 

 

      Douze ans, déjà, douze ans... 

     

      Je vis tout un univers s'écrouler : celui de l’innocence. Mon corps devint celui d'une femme, mais mon cœur restait celui d'une enfant. J'étais inquiète  à l'idée d'un nouveau destin.

      La Direction Départementale de l'enfance m’envoya dans un foyer pour enfants déficients, dans l'attente d'être acceptée en tant que pensionnaire dans mon collège. J’étais là, assise en face d’une femme mûre qui n’arrêtait pas de parler mais que je n’entendais pas.

      « C’est la solution idéale dans l’attente d’un meilleur placement. »

      Ce fut tout ce que mon être entendit. Les décisions des adultes me semblaient tellement étranges et lointaines de mes propres désirs. Résignée, je ne pouvais qu’accepter sous peine de me voir à la rue ou je ne sais trop où. Tristement,  sans aucun remords, je me laissais sagement guider sans aucun pouvoir de décision. Quoiqu’il puisse m’arriver, les sœurs de l’orphelinat m’avaient donné le meilleur d’elles-mêmes et cela était toute la richesse qui remplissait ma valise.

 

La fourgonnette blanche dans laquelle l’on me fit monter s’arrêta net. Un portail métallique vert s’ouvrit. Cet endroit ressemblait beaucoup plus à un hôpital. Des barrières grisâtres, qui l’entouraient, possédaient en leur haut du fil barbelé. Un jardin si triste, aucunes fleurs ne jonchaient le sol pauvrement recouvert d’herbe. L’austérité régnait. Ici, rêver au pied d'un arbre relevait du domaine de l’impossible. Tout était sous surveillance, avec des petites machines placées sur certains poteaux comme si elles avaient l’air de vouloir en savoir plus sur nous. Elles me firent penser à une prison. Tout nous était interdit, sauf nos chambres. Dans la mienne, il n'y avait qu'un seul lit. Je prenais mes repas avec le groupe, mais  je m'en écartais pour faire mes devoirs. Et puis, plus aucune envie de m'intéresser au monde, n'y même d'aller à l'école. J'avais l'impression que l'on s'était débarrassée de ma personne.  Pas l’ombre d’une amie, ici ! Comment vais-je pouvoir discuter de mes joies et de mes peines ? Mais où sont Christine, Bernadette et Laurette ? Pourquoi m’avoir séparée des filles qui étaient devenues mes alliées? Les enfants étaient réunis dans une grande salle où quelques chaises traînaient ça et là, servant de réfectoire. Ils chahutaient et riaient d’un rire qui reflétait la douleur. Mon regard se posa sur l’un d’entre eux, il était si particulier, frappant des pieds nus le sol carrelé. Il me dévisageait, me scrutait de sa position recroquevillé, salivant sans retenue, crachant. Un cri strident me fit sortir de cette brume. A ma gauche, un jeune à peine sorti de l’enfance, assis, attaché au fauteuil, se débattait, essayant avec ses dents de couper les cordons qui le liaient. On entendait plus que le « cliquetis » des instruments. Mais que lui faisait-on ? L’instant d’après, il paraissait dormir paisiblement.

       Toutes ces questions brûlaient ma pauvre tête. Un silence glacial envahissait mon cœur comme si  l’ombre d’une lumière envahissait une oubliette avec des murs tellement épais que même le soleil ne pouvait s'infiltrer ! La rayonnance de ma vie commençait à devenir un flou. Le vide en moi s'installait progressivement. Un infirmier s’approchant de moi : «  Flore, n’aie pas peur, ce n’est que pour quelques jours en attendant la réponse de ton école, si la réponse est négative, il te faudra t’habituer en attendant un placement meilleur ».

Dans la salle de repos, s’asseyaient ça et là les enfants déficients mentaux. J’appris à leur parler. Devant le soleil, la joie disparaissait au fil des jours de mon visage. Les surveillantes de nuit discutèrent avec moi pour ne pas me voir sombrer dans l'anéantissement de mon être. « Flore, nous ne connaissons ton désespoir. Mais il te faut attendre encore un peu que la D.D.A.S.S prenne un accord à ton sujet. La vie est aussi celle de la patience. Tout au long de ton chemin, elle deviendra ton alliée. Apprends à garder ton calme. Sèches tes jolis yeux et surtout garde ce sourire qui te rend si belle ! ». J’acquiesçai d’un signe de la tête, mais mon désir de fuguer grandissait à chaque instant et chaque minute. J’échafaudais les plans les plus fous et les plus risqués. Je pris la poudre d'escampette. Crise d'adolescence ? Non, refus, refus de retourner là-bas, d'accepter que ma destinée se stoppât à ce seuil. Ma foi ne m'avait pas quittée, et j'adressais ma colère vers Dieu et les anges, les suppliant de me donner un avenir sous de meilleurs auspices.

 

J’avais murement réfléchi, et j’étais plus que décidée à quitter cet endroit qui ne m’offrait aucune possibilité d’un avenir meilleur. Alors J'attendis la nuit et tranquillement, sans faire de bruit, j'escaladais le petit mur de la liberté. La route était bordée d'arbres en fleurs, parfumée de l'odeur d’un nouveau printemps. Je marchais, marchais encore... Fuir... Je ne sentais plus la douleur qui envahissait mes pieds. Partir...toujours plus loin, jusqu’à ne plus voir cet établissement derrière moi ! Libre, j'étais libre, mais pour aller où ? L’angoisse me gagna, près d'un ruisseau, dans les champs, je me suis reposée et endormie. Soudain, le bruit d'une lourde voiture me sortit de mes rêves les plus beaux, les plus fous. Prise d'affolement immense, d'une angoisse qui me faisait mal au ventre, je me suis mise à courir aussi  vite que possible. Bien vite, je fus rattrapée.  Les gendarmes m'empoignèrent et d'un ton très grave, me réprimandèrent. Pour la première fois de ma vie, je me voyais les poings liés par des bracelets tels ceux des escrocs. Tapie sur la banquette arrière de leur camionnette, je fermais les yeux très forts afin de ne pas voir l'endroit où ils me ramenaient. Retour à la case départ, des nausées de crainte n'envahissaient. Je m'enfonçais dans mon silence. L'Etat prit alors la décision de me placer dans un foyer de jeune fille, rue de Bourgogne à Moulins.

 

Accompagnée de Mme Prieure, qui m'expliqua que j'étais devenue une pupille d’Etat, je sonnais à cette grande porte marron, je la poussais timidement. L'aspect de cette demeure me sembla terne et froide. Le bureau d'accueil fut la première pièce que je visitais. À droite, étaient une petite salle de séjour avec deux ou trois chaises, à ma gauche, une salle à manger laissant deviner la pauvreté de l’établissement et dont les murs étaient recouverts d'une peinture jaunâtre sans aucun autre décor. A l'étage se trouvaient la salle de bain commune et ma chambre. Je disposais d’un lit en ferraille comme autrefois chez les sœurs et d’une chaise. L’armoire était partagée avec trois autres adolescentes qui allaient dans une école de couture non loin de là. Les présentations furent vite faites. L’ambiance était bizarre, des rires moqueurs par-ci, des paroles grossières par là. Mon assistante sociale me fit comprendre que ma place était parmi elles, qu’aucune contestation n’était possible. Ainsi avait jugé, pesé, la grande autorité.

 

      Un nouveau matin pour une nouvelle vie commençait.

 

      Il me fallait traverser la ville à pied chaque matin, midi et soir pour me rendre à mon école. Parcourant douze kilomètres à pied chaque jour, les rues et les trottoirs n’avaient plus de mystère pour moi. J'étais en quatrième. Mon cours favori était le latin. La légende des dieux de l’Olympe me fascinait beaucoup plus que les déclinaisons grammaticales ! Je me délectais de cette matière. Les matinées bien remplies me faisaient largement oublié le foyer dans lequel l’on m’avait placée. Lorsque midi sonnait, je savais que l'heure d'une course folle et enragée allait débuter pour rejoindre le foyer et prendre le repas. Hélas, mon arrivée fut moins heureuse ! Ce n'étaient plus que des déchets parsemant la table qui s'offraient à mes yeux me laissant un goût amer dans la bouche. Cette salle juxtaposait la pièce de détente et la petite cuisine séparée par une porte des  appartements de la directrice. C’était inutile que je me plaigne car à chaque fois, elle me disait la même phrase : « Tu n'avais qu'à te dépêcher si tu voulais manger. Tu traînes toujours, à se demander ce que tu fais sur la route ! C’est de ta faute, il te fallait courir encore plus vite !». Il ne me restait plus qu'une seule chose faire, repartir le ventre vide.

 

      Le soir, il n'était pas question de bavardage durant le repas commun. Toutes, nous fixions notre assiette. Souvent, nous avions des soupes accompagnées d'un morceau de pain que nous nous arrachions et avalions avec faim. Le temps qui suivait était loin d'être calme : les unes regardaient la télévision dans une salle où on ne voyait aucune chaise, seulement un épais halo de fumée blanche; d'autres sortaient ou discutaient avec une voix à faire vibrer toutes les vitres du foyer.

      — Flore, la nouvelle,  si tu veux être des nôtres  il te faut prendre cette cigarette. Tu verras c’est bon. Allez, ne fais pas ta timorée !

      Une grande jeune fille d’allure un peu farouche me fixait droit dans les yeux. Elle semblait diriger beaucoup d’entre elles.

      — Aspire un grand coup, et avale. Puis souffle. Allez, fais ce que je te dis, sinon ici sera l’enfer pour toi. 

      Les autres, assises en tailleur pour la plupart, se levèrent brusquement et vinrent autour de moi.

      — Ouh ! La lâcheuse, ricanait Sarah,  c’est une espionne, cette fille là. Fume, mais fume donc ! 

      Ma bouche se remplissait d’une odeur nauséabonde, mes poumons se gonflaient, et voilà que je recrachais de la fumée, moi aussi. Un mal de tête me prenait, j’avais envie de vomir et toussais si fort que les filles se moquèrent de moi.

      — Et bien, voilà, ce n’était pas si difficile. La prochaine fois, on te demandera de faire autre chose.

Le groupe s’en alla laissant derrière lui des ricanements atroces.

 

J’essayais, tant bien que mal, de faire mes leçons dans un coin où je pouvais, enfin être  à peu près tranquille : les toilettes. Les filles m'avaient pris en grippe, des ordures étaient dispersées dans mon lit, mes copies de classe et mes devoirs de maison étaient souvent déchiquetés comme du vulgaire papier journal. Sans faire de bruit, je me levais dans la pénombre pour les refaire.  Je ne disais rien, au risque du pire, comme une fois où à peine arrivée en bas des escaliers, un sceau en fer avec de l’eau dedans, lancé par je ne sais qui, vint s’échouer juste à côté de mes pieds. J’avais eu de la chance ce jour là, qu’il ne soit pas tombé sur ma tête ! Cela les avaient fait bien rire, mais pas moi !

 

 

Nous avions un surveillant de nuit, un homme d’âge mur portant toujours le même pantalon et sentant l’alcool. Toutes les nuits, il montait avec une lampe de poche et de la bière. Il passait en revue chaque lit, chaque fille, en pointant sa lampe de poche sur notre corps. Je m'enfonçais sous  la couverture râpeuse marron, en fermant les yeux très forts, lui laissant ainsi supposer que je dormais. Des voix résonnaient en ces soirées sombres, je les entendais lui et les autres ricanant et parlant à voix haute. Quelques fois, il y avait un grand chahut, tout devenait mouvement et précipitation, des draps en guise de corde étaient fixés aux fenêtres, des filles en descendaient, des hommes en montaient. Ils étaient là aussi grâce à l'accès grand ouvert de la porte d'entrée. J’avais peur, priant le ciel de faire de moi une morte, afin de passer inaperçue.

 

      Quelques semaines passèrent assez tranquillement lorsque l'une d'entre elles, Brigitte, se retrouva avec un gros ventre. Elle était enceinte et se pressait vers le petit lavabo du grand dortoir, en prenant son sein d’où en sortait un liquide blanc, du lait. Elle en était fière. C'était la préférée, la chouchoute de notre vieux surveillant malsain. Elle avait droit à un coin dortoir fermé, un peu plus grand que notre salle bain à nous toutes. Notre foyer, signalé comme une réputation de filles faciles, certifiait le qu’en dira-t-on.  À l’extérieur, il se disait que la nuit, il possédait une lanterne rouge posée en hauteur juste au dessus de l’entrée principale.  Oh ! Pourquoi l'orphelinat avait-il fermé ? Pourquoi étais-je ici? Je le savais, moi, bien sûr. Ma mère avait divorcée et avait disparue, comme si qu’elle n'avait jamais existé, comme si que je n'avais jamais existé. Mon père n'avait pas voulu me reprendre, il s'était remarié, et sa nouvelle compagne ne voulait pas de moi.  Mes sœurs et mon frère étaient loin, et je n'en avais plus de nouvelles d’eux depuis fort longtemps. Etais-je donc un monstre ou si affreuse pour que personne ne veuille de moi?

 

      L’école fut mon refuge.

 

      Mon passage en troisième fut un succès. Avec zèle et facilité j'apprenais certains rôles entiers de pièces de théâtre, comme l’Avare  de Molière. J’eus même le droit d'aller à l'opéra le jeudi après midi. Je m’évadais dans un monde que j’adorais. Mon professeur d'anglais, qui était fort doué dans le spectacle, me proposa des cours de diction et de rejoindre sa troupe pour un grand tournage dans un château à Bourbon Lancy. Je ressentais un grand honneur dans mon cœur, jamais je n'avais pu penser qu'une telle offre me serait faite ! J'aimais apprendre et aller à la découverte de la Connaissance que je nommais déjà universelle. Ce fut grâce à elle que mes jours furent moins dépressifs. Il me fallait tenir dans ce foyer de jeune fille, ne pas tomber moi aussi, ne pas sombrer dans l’univers de la prostitution ou de l’alcool. Prier Dieu pour qu'il me vienne  en aide. Progresser dans mes répétitions fut mon salut, ce que je fis en pensant très fort à Faust de Goethe et au rôle de  Méphisto  qui, dès à présent devint mon grand secret.

      Ma vie au foyer n'avait pas changé. C'était toujours la course à la montre. J'avais faim. Je m'aigrissais. Je tenais bon. Pour me faire un peu d'argent de poche je coiffais ces demoiselles le dimanche matin.

      — Flore, je te donne dix francs,  et  fais de moi la plus belle ! me demandait Isabelle.

      — Flore je te donne des cigarettes, si à moi, tu réussis ma couleur ! 

      Flore par-ci, Flore par-là… j’avais l’impression de devenir leur Cendrillon. Mais qu’à cela ne tienne, car ma bourse se remplissait de quelques pièces et parfois de beaux billets. Elles s'apprêtaient pour sortir, moi je m'apprêtais à les rendre plus belles possibles, leur donnant également mon opinion sur  leur tenu vestimentaire.

      — Céline ta jupe est trop courte, on voit presque tes fesses ! M’écriais-je.

      — Pfft ! Tu ne connais pas les garçons, cela se voit, ils aiment bien ça.  Alors reste ou tu es, tu fais bien !

      Elles étaient toutes enfin prêtes pour aller danser. Moi, je restais mais pour faire mes devoirs scolaires et apprendre la pièce de fin d'année scolaire pour laquelle j'arborais des plans les plus audacieux, pour cela j’apprenais tous les rôles par cœur. Voilà pourquoi mon petit livre de chevet était  le Bourgeois gentilhomme. Tous les textes et tous les personnages finissaient par ne plus avoir de mystère pour moi. Le challenge était lancé, celui de donner cette représentation, une première. Faire répéter la petite troupe des élèves de ma classe pour la fête de l'école était mon rêve. Mon professeur d'anglais en était très fier ainsi que le directeur de l'opéra de Moulins. J’étais au sommet de mes sensations. La représentation eut lieu, et rencontra un réel succès.

      «  Bravo, félicitation, tu as su mener cette pièce avec excellence. Tu devrais demander d’aller à l’école d’art et de théâtre de Strasbourg. Vraiment tu es douée.», me murmura mon professeur d’Anglais.

      Cependant,  je dois avouer que j'avais volé, oui, j'avais volé à cette fête ! Nous devions vendre des enveloppes et donner l'argent à Mme la supérieure. Je l'avais gardé pour acheter des bonbons et faire du manège. Le qualificatif de voleuse ne colla à la peau.

      Juin arriva rapidement et l'examen du brevet aussi. J'avais été tellement rapide à répondre aux questions de français et de mathématiques que j'étais certaine d'être passée à côté, de n'avoir écrit que des hors sujets, et de mettre trompée dans mes calculs. Le jour des résultats, je m'étais habillée telle une chiffonnière : pantalon troué, bariolé de peinture fraîche, et tee-shirt juste au dessus de mon nombril. Je me haussai pour scruter la liste des lauréats. Mon nom était inscrit tout en bas d’une page placardée. Je me frottai les yeux, mais non, j'avais vu juste. Une certaine fierté m'envahit. J'avais réussi ! Je fus convoquée au bureau de la Direction départementale, où j’avais rendez-vous avec l’assistante sociale. Mon cœur battait très fort car dans ces moments là, on ne savait jamais ce qu’elle voulait vous dire. Patiemment, j’attendis dans la salle d’attente, tranquillement assise sur une banquette, jusqu’à ce qu’elle me reçoive avec un large sourire. Elle me félicita,  me tendit une enveloppe qui contenait de l’argent, sept cent francs, mon premier argent de poche et me confirma mon passage en seconde AB, économie et politique, à l’école Notre-Dame. Elle m'invita à préparer une valise pour une ultime récompense. C’était un voyage en Corse dans une autre colonie pour une période d'un mois. Humblement je serrai ce précieux cadeau contre mon cœur et regagnai la rue de Bourgogne...ce quartier... cette rue de misère !

      Être seule au monde, sans famille, était lourd à porter. Ma résignation ne pouvait l’admettre et ni l’endurer. J’avais découvert que ma vraie famille, étaient les gens que je croisais sur le sillage de ma vie, qu’ils m’apportaient tous de leur savoir, de leurs compétences, de leur joie, de leur affection et de leur soutien. La fête de fin d'année à l'école me valut de revenir avec plusieurs prix : prix de sociabilité, prix de français, prix d'histoire et de géographie, prix de gymnastique. A chaque fois que j’étais nominée, comme les autres élèves, je devais m'avancer sur la scène et recevoir les félicitations. J’avais tout juste le temps de regagner ma place que mon nom était prononcé : « encore moi ! Oui, c’est moi Flore, m’exclamais-je émue, en levant la main ». Je montais les quelques marches qui me séparaient du podium aussi vite que je les redescendais, puis remontais. En fin de course, j’étais intimidée, excitée par tant d’appels inattendus. Je me vis les bras remplis d'une dizaine de livres, les joues rouges sous les bravos de mes amies. Enfin le lycée, deux longs mois à attendre, rien n’était prévu. J’allais rester tous ces jours en plein été, enfermé dans cette bâtisse.

      La directrice du foyer, madame Michelle, me proposa de travailler dans un restaurant à Bourbon-l'Archambault. Nous avions été deux à être choisie : moi et Brigitte, à peine de six mois mon aînée. Un certain M. Marceau, directeur d’un foyer de jeunes garçons à Yzeure, d’une quarantaine d’années, nous fut présenté comme un homme très respecté. Il disait qu'il avait le droit de nous faire travailler à partir de quatorze ans, sur des petits travaux ménagers, et que nous ne risquions rien d'aider un peu en cuisine. Sûr de lui et n’ayant aucun droit de contestation, nous nous pliâmes à sa demande. Brigitte était déjà partie, lorsque M. Marceau vint me chercher : « Dépêche-toi, petite, nous avons de la route à faire. Ne prends pas grand-chose, juste ta trousse de toilettes. Là-bas, tu seras vêtue, logée, nourrie et blanchie ». Je ne sais pas pourquoi, mais son regard brillant ainsi que le ton de sa voix  me donnait la chair de poule. Une inquiétude et un dérangement me torturèrent, mes membres furent pris de tremblements, et des frissons me parcoururent jusqu'aux jambes. Le voyage se passa le plus grand des silences. Il s'arrêta dans le premier coin qui lui convenait, bien à l’abri des éventuels regards, prétextant vouloir fumer une petite cigarette.

      — Rien de bien méchant, ma petite. As-tu déjà fumé ? Mais décontracte toi, voyons, je ne vais pas te manger. Tu devrais me remercier de t’avoir choisie pour travailler. Tu vas voir, si tu es mignonne on te donnera quelques sous. Mais c’est quoi, cette jupe que tu as mise ? Tu veux me faire ridiculiser dès notre arrivée, il t’en faudra beaucoup plus courte. 

      — Comme ceci ? Demandais-je en remontant ma jupe juste au dessus des genoux.

      — Non, un peu plus haut, les clients aiment, rétorqua-il avec un large sourire qui laissait entrevoir des dents abîmées et jaunes.

      Il fit semblant d’ouvrir la portière en passant son bras sur mes cuisses afin d’attraper la poignée, sa main glissa et resta immobile sur l’une d’entre elles. La moiteur de sa peau transperçait mon collant. Je me sentais prise au piège. Mon cœur s’échappait, mes doigts se crispèrent sur mon fauteuil. Il chercha mes lèvres. Nous étions en pleine nature, et il n’y avait pas une âme qui vive à des kilomètres à la ronde. Il me fallait retourner au foyer, j’avais sans doute oublié, oui oublier...quelque chose dans ma valise ! Mon livre de "Faust", c’est lui que j’avais oublié ! Mon échappatoire,  il me le fallait absolument car la représentation approchait... Je lui demandai de rebrousser chemin. Il ne voulut pas. J’insistai, il céda.  Déposée à la porte du foyer, je cherchai des yeux la directrice. Il n'y avait personne. L'homme, surexcité, marchait de long en large. Madame Michelle finit par sortir.

      — Comment cela, Flore, tu es là ? Mais… mais monsieur Marceau, mes filles vous déplaisent tant ? 

      — Non, je vous rassure. Toutefois, celle-là est une forte tête, je vous le dis. Vous aurez bien du mal à en faire quelque chose de celle-là ! 

      Entendant ses paroles, elle vint à la rescousse de l’homme, et non de la mienne. Je n'ai pu que revenir vers lui, égarée et perdue. Tapis au fond du siège, je me serrais pressant mon secret. Je faisais mine de réciter mon rôle tout en tournant la tête vers le paysage qui défilait à grande allure. Sa voix  résonnait dans mes tympans, sa main frôler mes cuisses ou mon cou. Je récitais mon texte n’osant entrevoir le cauchemar qu'il voulait me faire vivre.

      A la vision du restaurant, j’eus un sentiment de soulagement. Servir les convives qui me parleraient agréablement de tout et de rien, de leur famille, de leurs voyages ou de leur travail, me semblaient une expérience enrichissante. J’allais devenir une futur adulte à part entière et reconnue comme telle avec mon premier bulletin de salaire ! Nul souci ne se lisait sur leurs visages, que des sourires. Pourtant, je ressentais un certain malaise, trahissant ma timidité.

      Dés mon arrivée, il ne fut pas question d'aller me changer, ni de m’adapter à l’environnement. Je revêtis une robe noire plissée au col blanc et pris immédiatement mon service. Sans avoir vidé ma maigre valise, ni avoir vu ma future chambre. La tenancière m’avait chargé du service. Il fallait tout de suite travailler et aller très vite. Me dirigeant vers les tables, j’adressais des sourires timides aux clients. Je faisais de mon mieux pour desservir. J’emportais les assiettes sales. Nous devions en prendre au moins cinq sur le bras, ce qui me semblait être un tour de force. Malheureusement à mon deuxième passage, dans un grand bruit de fracas, elles se retrouvèrent sur le sol. La tenancière ne l’entendait pas du tout de cette façon. Elle me fit vite des reproches devant les gens et me renvoya avec vivacité dans la cuisine pour terminer de préparer des hors-d’œuvre.

      —  Franchement, tu n’es bonne à rien ! Un premier service, et voilà que tu fais tout tomber, tu gaspilles mon argent ! Je te le retiendrai cette case sur ta paye, et si tu n’en as pas assez gagné, tu travailleras  gratuitement pour moi. Sois tranquille ma mignonne, ton compte est bon. Dès que Marceau reviendra, je lui dirai que je ne veux pas de toi.

Ma tâche terminée vers 23 heures, je ne pus même pas me reposer, car il me fallait préparer les couverts pour le lendemain. Je ne pouvais faire autrement que d'accepter ou fuir encore une fois. Ici, j'étais seule parmi des gens que je ne connaissais pas. La sévérité s’entendait dans la voix de la patronne. Elle m’expliqua en se rapprochant de moi que je devais être souriante, gaie, que ce serait tout ce qu’elle me demanderait et que si le lendemain, j’étais gentille, alors elle me garderait toute la semaine.  Je pensais en avoir fini avec tous ces torchons mouillés. Une pile d’assiettes à essuyer m’attendait encore. La faim gagnait de l’ampleur dans mon estomac. Ce fut derrière le comptoir, au fond de la cuisine, qu’un aide me servit un reste de salade verte. Je l’engloutie aussi vite qu’elle me fut présentée. Il était très tard, et mes yeux de jeune adolescente se fermaient. Enfin, j’allais pouvoir me coucher.  Une chambrette m’avait été désignée au dernier étage. J'eus à peine le temps de refermer la porte que l’homme était là, face à moi, retenant la porte. J’eus du mal à défaire mon bagage. Je m’étais reculée, mais il n’eut qu'un pas à faire pour me rejoindre et poser ses mains sur mon visage, sur ma bouche. D'un geste brusque, il me propulsa sur le lit en ferraille blanche, me bascula, m’allongea brutalement, une main sur ma poitrine l’autre bloquant mon bras. Il  posa tout son poids sur mon corps. Je gigotais pour le soulever, je le poussais avec mes genoux, je le mordais. Subitement, il tira ma culotte. Je le saignais de mes dents. Je pleurais.  Impossible d’hurler «  au secours  ». Larmoyante, je tournais la tête à droite, à gauche, cherchant quelque chose, quelqu’un vers qui crier. Il s’agrippa à ma chevelure, m’obligea à rester face à lui. Sa langue cherchait mon cou, mes oreilles. Sa salive coulait le long de mes épaules, son souffle devenait plus chaud, plus grossier. L’odeur de sa transpiration remplissait le lieu. Il écarta mes jambes avec force et violence. Je sentais son sexe qui s’enfonçait,  me lasserait, me culbutait, m’éventrait, me déchirait, me souillait. D’un air d'orgueil, me lança : «  Tu vois, petite, ce n’est pas si terrible que cela ! Je reviendrai, tu verras que tu finiras par m’obéir. ». D’un bond, il se souleva et disparu.   Le lit sur lequel il avait fait sa preuve d'homme était à un pouce de la porte. J’avais mal au ventre, aux cuisses, mal partout dans mon être. Du sang coulait entre mes jambes. Me frotter, encore et encore et toujours plus fort enlever cette odeur d’homme, retenir mon cœur, telle fût ma réaction. Cette nuit, fut l’ombre de moi-même, un dégout si profond que je restai éveillée durant toute la nuit, habitée par la crainte de revoir cet homme frapper et cogner à ma porte.

      Dès le lendemain, je rendais visite à Brigitte qui travaillait dans le restaurant d’à côté. A elle, je pouvais tout raconter, laisser mes larmes couler et mon corps trembler. Ce fut accompagné d’elle que je racontai mon histoire à son employeur. De suite, il téléphona à la police qui vint me chercher. Ainsi je regagnai le foyer de Bourgogne, souillée de ma virginité perdue. Très vite, la justice s’empara de cette affaire. Je fus interrogée, auscultée.  Convoquée devant le prieur de la ville de Moulins, qui était l’ami de mon bourreau, des tas de questions fusionnaient. Que me voulait-il ? Le test effectué par le médecin n’était-il pas suffisant ? Et pourquoi m’avoir demandé de faire  des dessins ou de reconstruire des cubes ? Me laisser faire, c’est ce qu’ils attendaient tous de moi. Dans un tout petit bureau blanc, avec deux chaises blanches, un bureau blanc, se tenaient deux gendarmes, l’un en face de moi et l’autre derrière cette table sur laquelle reposait une machine à taper. Encore des questions, encore répéter les mêmes choses.

      — Avait-il enlevé son pantalon ? Qu’avait-il sur sa jambe ?

      — Je n’ai rien vu, il portait toujours son pantalon, posait sa main sur ma bouche. Seule la fermeture de son pantalon était détachée, avouais-je avec honte, me remémorant tous ses gestes.

      Mon regard cherchait une amie, une compassion, une écoute. Au lieu de cela, ce fut comme une mer de glace lorsque j’entendis : « Il possède un tatouage tout le long de sa jambe, une croix. De plus, ce monsieur est le directeur du foyer des garçons, nous ne pouvons te croire. ». Je dus me taire, faire comme si rien n’était vrai. L’instruction allait continuer disaient ils.

     

      Ma vie de jeune femme commençait.

     

      Enrike, dont ses pas l’avaient conduit jusqu’à moi, entra dans une folie à tout casser. Tenu au courant de ce méfait, il chercha l’homme dans toute la ville. Une bagarre sans fin suivi la rencontre, il l’avait retrouvé. Je revis mon frère le bras cassé.

      — Le salaud, je le tuerai d’avoir touché ma sœur. Mais quoi faire devant ces gens qui disent diriger tout un état ? N’avons-nous donc aucune possibilité de nous défendre, nous enfants de la rue. 

      Ce jour-là je savais que j’avais un frère prêt à tout pour me défendre, et cela me fit du bien que de me savoir protégée par lui. Mais jusqu’à quand et jusqu’où pouvait-il me garder sous ses ailes ?

Nos routes devaient-elles encore se séparer ? Quand le reverrais-je ?

     

      Oh, mon frère, nos chemins s’éloignent, mais pas pour toujours, pas pour toujours...

 

Le revoir fut de courte durée. Il avait disparu comme par enchantement. Je me retrouvais encore seule. Sa promesse de nous revoir me faisait chaud au cœur, car je savais qu’un jour ou l’autre il reviendra me chercher.

 

C’était avec cette douleur que je rentrais au Lycée. Durant ma seconde, j’avais enfoui cette histoire. Le pensionnat de l’école Notre-Dame m’ouvrit ses portes. Les week-ends je les passais dans ce foyer rue de Bourgogne, mais mon habitude avait changé. Les jours heureux me semblaient si lointains ! La tristesse emplissait mes jours de repos. Je ne sortais plus. Je me taisais.

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Publié dans : Flore ou la rage de vaincre

4-Les  premiers rayons du soleil

 

      Tel un bateau qui chavire en plein océan déchaîné, je ne comprenais plus le sens de ma vie. Jadis, l'on m'enseignait l'amour, jadis je donnais ma confiance sans compter. Le courage de continuer et le souvenir de mon éducation firent de moi un être semblable au loup si incompris des hommes. Dans les sentiments les plus insondables, je commençais à fermer les portes de mon cœur.

      Que valait l'amour maintenant?

      Esseulée avec mes doutes et mes peurs, dans la déchirure de mes entrailles, je m'endormis avec une image tant aimée : le visage de Sœur Marie Louise qui me souriait. Je la voyais très distinctement à mes côtés. J'eus cette nuit là l'impression qu'elle était venue me rendre visite. Enveloppée d'un halo blanc, portant toujours sa grande robe noire et sa coiffe, elle se penchait vers moi tout en me disant : «  Ma chère petite Flore, du haut de l’insondable, je te regarde et pleure pour toi. Ecoute toujours le chant de l'amour universel, il te sauvera.»   L'écho de sa voix me réveilla. Je regardais tout autour de moi. Elle n'était pas là. Une larme coulait sur mon visage, mais je me jurais de m'en sortir. L'enfance avait perdu sa place. 

      J’avais quinze ans. Deux amies m’étaient devenues chères : Veronica, dont la longueur de ses cheveux bouclés à la couleur des blés, ne passait pas inaperçue et Christina, une jeune fille très fragile dotée d’une voix merveilleuse qui faisait penser à celle d’Edith Piaf. La visite de mon frère Enrike fut une grande surprise. Il m'avait cherchée de foyers en foyers. Il avait une belle allure : un torse assez développé, les cheveux bruns et longs, il portait un jean et un maillot très court, ses muscles se devinaient sous ses manches bariolées de rouge et de jaune. Âgé de quatre années de plus que moi, du haut de ses dix neuf ans, il resplendissait de vie, de joie, de gaité. C’était dans une structure pour garçons abandonnés qu'il avait grandi. Le jour de sa venue, il s'apprêtait à rejoindre l'armée de terre. Il m'expliqua aussi qu'il s'était mis à la boxe. Tant de choses à lui dire que mon cœur ne voulait pas ! Ce fut dans ses bras que je retrouvai le bonheur.

      — J’aimerais tant te voir combattre, c’est un milieu si obscur et tant fermé à mes yeux, mon cher frère ! 

      — Jamais je ne t’emmènerai, me répondit-il d’un ton ferme, car les coups sont trop violents. Regarde comment est devenu mon nez. Regarde la cicatrice sur mon visage. Tu voies ? Non, frangine, jamais je ne te laisserai voir ton frère au sol.

      Nos discussions, nos partages, nos souffrances communes nous avaient encore plus rapprochés. Il me convainquit de m'accrocher  à mes études pour réussir dans ma vie future, même si je n'avais personne pour m'aider.

      — Je suis fière de toi, frangine. Mademoiselle Prieur, notre assistante sociale, m’a souvent parlé de toi, j’ai suivi tes résultats scolaires qui sont assez satisfaisants. Cependant, je pense, que tu pourrais étudier un peu plus. Mais parlons d’autres choses, veux-tu ? Dis-moi si tu es bien ici, je veux tout savoir. Surtout, si tu es malheureuse, il faut me le dire, j’ai promis de m’occuper de toi.

 

      Doucement, il déposa un tendre baiser sur ma joue, et ses mains glissèrent sur mes épaules. Peu de temps après, je quittais ce foyer pour me diriger vers une nouvelle demeure proposée par le département de l'enfance. Ce n'était plus un foyer, mais une maison pour jeunes adultes où,  enfin, j'allais pouvoir obtenir une chambre seule. Oh ! Elle n'était pas grande, juste un petit lit, une table, un tabouret et une armoire, mais je l'aimais car ici, régnait enfin la paix. Certes, cette grande maison n'était pas luxueuse, mais durant la semaine, le lycée m'offrait le pensionnat et j'adorais cet environnement dans lequel je m’épanouissais si bien. Cependant, comment comprendre les interdictions ? Comment ne pas me révolter car nos lectures étaient censurées. J'avais peine à cacher sous ma chasuble bleu marine l’écume des jours de Boris Vian. Chaque fois, les surveillantes de l’établissement Notre-Dame me le confisquèrent en m'expliquant qu'il y avait beaucoup de racisme dans cet écrit. De quel racisme voulait-elle parler ? Moi, je ne le voyais pas comme cela du tout, bien au contraire, je voyais seulement le courage et la force d’un être cherchant à se confondre et à comprendre le comportement des blancs. Ce fut à ce moment là que je compris que mes idées de vivre étaient différentes de leur enseignement. Une vraie révolutionnaire prête à bondir pour la sauvegarde de l’anarchie. Un mai 68 sans doute.

      — Tu serais bien sur les barricades avec un tel caractère, s’était exclamée Sophie qui était devenue ma confidente.

      C’était comme si l’on avait placé dans mon dos une pancarte rouge. De la seconde à la terminale, mon objectif devint plus clair : réussir mon bac. J’étais surveillée comme l’on surveille un détenu. Dire à chaque instant mes allées et venues, mes sorties du pensionnat. Où me cacher pour lire ? Je me refugiais dans les toilettes. Mon année de première fut perturbée par les visites des gendarmes qui n’avaient de cesse de m’interroger sur mon viol à Bourbon l’Archambault. Ce qui eut pour effet de m’enfoncer un peu plus face à mes copines de classe. Je ressentais de la honte vis-à-vis de mes camarades de classe qui habituellement m’invitèrent chez elles les dimanches. Peu à peu leurs invitations s’espacèrent, peu à peu je fus mise à l’écart. Est-ce ma faute si elles redoutaient pour leur réputation que d’être avec fille sans parents, sans le sou ? Le verdict tomba, cinglant.

      — Flore, nous ne pouvons plus vous garder ici, vos idées sont beaucoup trop extravagantes pour notre lycée privé. Nous avons fait et donné le maximum de ce que nous avons pu, mais devant votre effronterie, votre entêtement et le résultat scolaire en chute, nous ne pouvons aller plus loin. Nous ne pouvons vous donner une chance. Votre prise en charge ici s’élève financièrement au strict minimum proposé par l’Etat. Aussi nous avons décidé que vous ne ferez plus partie des effectifs l’année prochaine dans notre établissement. Vous vous devez dans l’absolu, obtenir votre BAC sinon vous n’aurez plus aucun avenir ! Nous en avons déjà averti la direction départementale des actions sanitaires et sociales. 

      Pour la troisième fois, je voyais les portes se refermer devant moi. La première était la fermeture de la porte de l’amour par mes parents, puis celle de l’orphelinat, et maintenant la troisième celle de l’école. Moi, qui ne suis rien, qui ne possède rien, devais-je subir le sort de l’anéantissement de mon être sans rien dire, sans broncher, ni même le droit de me révolter ? Devais-je donc accepter ce sort si cruel qui vous cloue sur place ? Je ne pouvais faire qu’une seule chose : pleurer de tout mon être, car je me rendais bien compte que sans études et sans diplômes, il me faudrait galérer encore plus pour me battre dans la vie ! Monde insensé, que n’aurais-je donné à ce moment là pour être riche ?

      La majorité s'annonçait à nos dix huit ans, et l'Etat ne pouvait plus s'occuper de moi, ainsi que me l'annonça l'assistante sociale. Il me fallait trouver une petite formation sur une année, une courte année. Elle envisagea de m'inscrire chez Pigier pour essayer d'obtenir un certificat d'aptitude professionnel dans le domaine de la comptabilité. J'étais soudainement devenue muette. Je ne voulais pas de cet objectif et de plus, j'avais la comptabilité en horreur ! Je voulais continuer en faculté, continué d'apprendre le beau, faire de la peinture, du théâtre. Elle m'a jugée fort sotte devant ma volonté et m’a indiqué qu’en aucun cas, elle ne me seconderait pour des études supérieures. Voilà, l'Etat s'était occupé de moi et se débarrassait de moi, comme l'avaient fait mes parents et l'orphelinat ! Elle me disait dans un bruit lointain qui parvenait difficilement à mes oreilles, que j'avais une certaine chance. Un dernier départ d'été m'était offert. Si je me mariais, j'aurai droit à une prime. Elle renouvela sa proposition en me disant que de toute façon, mon père avait payé pour moi lorsque j'étais à l'orphelinat et pas plus, et que de plus, ma grande sœur Zina se trouvait, elle aussi, chez Pigier. Je regardais cette femme qui, d'un geste, s'était éloignée du bureau avec un regard de puissance sur moi. Elle savait qu'elle avait gagné, qu’elle avait une emprise totale sur mon avenir.  Il n’y avait plus rien à ajouter. Je ne pouvais que me retourner et partir tristement avec cette impuissance qu’était la mienne. Relevant la tête, je lui disais oui.  

Maintenant je savais que mon père ne m’avait pas totalement abandonnée, il était présent lorsque j'étais à l'orphelinat. Personne ne m'en avait rien dit. Mon cœur pensait à rejoindre ma sœur aînée à l’école Pigier,  ainsi la famille serait renouée ! Que m’avait-on caché d’autre? Des espérances auxquelles je croyais encore bouillonnaient dans mon esprit. Une famille, j'avais donc une famille. Aucune nouvelle de ma petite sœur Eva, juste de ma grande sœur. L’assistante sociale ne pouvait m’en dire plus. Le fait de revoir ma grande sœur Zina me rendait heureuse. 

      Avant tout, Juillet arrivait, je pensais à travailler. Avoir quelques argent de poches pour mon voyage en Corse, prévu en Août, s’avérait urgent. J’eu une chance inouïe de trouver un emploi saisonnier dans la plus grande buanderie de la ville. La tâche ne fut pas simple du tout. Il faisait très chaud et encore plus à l’intérieur. Les énormes fers à repasser dégageaient beaucoup de degré Celsius. Nous passions des kilomètres de draps à travers une grande machine, puis les pliions, ainsi se passait ma journée de travail. Mes efforts furent récompensés.

 

Enfin, l’approche du départ et pas les poches vides !

Enfin, la montée dans le bateau qui m’amènerait jusqu’à Bonifacio !

La traversée fut plutôt houleuse. Certains passagers avaient le mal de mer. Captivé par l’immensité qui s’offrait devant mes yeux, je restais là debout, face à cette étendue d’eau, la méditerranée. La côte se dessinait au loin, je tressaillais de joie. Le bus nous attendait. Jamais je ne vis de paysages aussi magnifiques. Bordée par la mer, cette île de beauté me parût sortir d'un vrai conte de fée.  Plusieurs marabouts furent tendus, prêts à nous recevoir par groupe de six jeunes en folie. Pour la première fois, il y avait de jeunes garçons tous aussi joyeux que nous. L'ambiance promettait des heures de bonheur. Aucun devoir ni cahier de vacances ne faisaient partie de nos bagages. Nous étions libres de rire, de respirer la vie à plein poumons. Chaque matins, des activités nous étaient proposées : promenades dans le haut maquis, plongée sous marine, ski  nautique ou encore apprentissage de la voile. J'avais choisi le dériveur. Pour le dernier jour, il était prévu une grande ballade marine avec une nuit à la belle étoile. Tout me semblait féerique, mon être débordait d'allégresse. Les après midi, nous les passions au bord de la mer, à jouer, à fainéanter, à ne rien faire, à se faire bronzer, ou mieux encore à aller danser sur des airs endiablés de musique derniers cris genre « pop corn », dans l'unique café de la plage. La belle vie ! Nos moniteurs étaient des plus agréables. L’ultime soirée s’annonçait, nous avions quartier  libre jusqu'à minuit. Avec un groupe d'amis du moment, nous allâmes visiter les night-clubs à proximité. Nous pûmes pénétrer dans l’un deux, et même faire de la vachette construite en bois dur et qui se balançait dans tout les sens. Elle était positionnée sur des matelas gonflables à cause des risques brusques et surprenants. C'était à celui ou à celle qui tiendrait le plus longtemps assis dessus. Vint mon tour. Le démarrage fut lent, puis de plus en plus rapide, à droite, à gauche, en rond, par devant, par derrière, et me voilà par terre. Nos rires remplissaient la pièce de notre bonheur sans fin. Notre bien-être fit de nous des jeunes écervelés pas sages du tout, à tel point que nous oubliâmes l'heure. Le reste de ma nuit, je le passai avec Adrien. Ensemble nous admirions les arbres, les fleurs en absorbant leurs senteurs. Main dans la main, sans penser au lendemain nous étions bien. Nous nous promîmes de nous écrire. Le lendemain que nous apparûmes, l'air bien fatigué, sous les réprimandes de nos cheftaines qui nous attendaient déjà dans le car. Tête baissée, nous nous installâmes pour l'inévitable retour. 

Sans trop y croire, avec mon amie de l’instant Stéphanie, qui elle aussi avait passé les épreuves, nous nous dirigeâmes vers les murs du Lycée Notre-Dame. Toutes les listes des élèves reçus au baccalauréat étaient affichées. Nous cherchâmes nos noms. Ils étaient inscrits. Quelle ne fût pas notre joie. Nous retrouvâmes dans les bras de l’une et de l’autre, riant et pleurant de joie. Enfin le Bac en poche !

      Bien reposée de ces vacances, je n’avais d’autre choix que celui d’accepter les dernières propositions d'avenir dans cette école Pigier. Je me devais de renoncer aux études supérieures. Malgré tout, une colère grandissait en moi. Pourquoi moi, pupille de l'Etat, n'avais-je pas droit aux grandes écoles comme les autres jeunes gens?   D'un  pas triste qui se prolongea durant toute cette année, je me dirigeais vers ce diplôme de comptabilité que je n'avais pas choisi. J'avais retrouvé ma sœur aînée Zina, âgée d'un an de plus que moi. Nos vies nous avaient tellement séparées au bout de dix huit ans que cette jeune fille là, devant mes yeux, m'apparaissait comme  une étrangère. L'écart s'était creusé, mon cœur s'était fermé. Allions-nous pouvoir renouer nos liens de ce même sang qui coulait dans nos veines?

      Le certificat d'études professionnelles de comptabilité ne me fut pas donné, aucun effort de ma part n'avait été accompli. Les cours me semblaient tellement interminables et d'un ennui si mortel que je n'avais qu'une seule hâte, celle de me retrouver dehors pour rejoindre mes nouveaux amis du foyer des jeunes travailleurs. Je connaissais la gravité de cet échec, je dus entamer les recherches d'emploi. Elles me conduisirent chez Hachette, maison d’édition pour laquelle je vendis quelques  encyclopédies. Ce fut à Montluçon que je fis ma plus grande prestation qui fut récompensée lors d’une fête de fin d’année de Hachette dans un château. Beaucoup de commerciaux étaient présents. Durant la remise des prix, je reçus un petit trophée.

      Entre temps, Zina, ma sœur aînée,  s'était mariée et avait donné naissance à son premier fils, Philippe. Nos communications furent de plus en plus espacées. La solitude me gagnait dans ce foyer de jeune travailleur, et, comme par enchantement, apparut, devant moi, Enrike, mon frère resplendissant. Il me louait les bienfaits de Marseille et m'incitait à venir le rejoindre dès que je le pourrais. Il m'offrit un aller simple. Je venais tout juste de rencontrer un charmant jeune homme, Patrick,  avec qui je m’entendais simplement bien. Nos chambres n’étaient pas loin l’une de l’autre. Il m’invita pour la première fois dans un restaurant chinois. Les plats furent succulents, mais c’est le décor qui attira mon attention. Des bouddhas, des chivas disposés dans les quatre coins, des lampions multicolores inondaient de leur rayonnance rouge les tables, un éclairage d’or en cristal suspendu au-dessus de nos têtes, d’où s’échappait une lumière douce. Quel émerveillement ! Sur la table, délicatement disposés, se présentaient quelques plats typiques comme le canard laqué, le poulet sauce aigre douce, riz cantonnais que Patrick avait commandés. Quelle dégustation ! En rentrant, nous nous sommes aimés. Souvent il me conviait chez ses parents à Lurcy-Levy. Ils étaient agriculteurs. Le premier été, j’appris à traire les vaches, et à rassembler le foin. Ses parents me questionnèrent souvent sur mon avenir professionnel. J’étais plus qu’embarrassée, car en réalité aucune embauche n’était en vue, et à dire vrai je ne pensais pas à cela. Je refusais le monde du travail, je pensais toujours aux études que j’avais dû abandonner, laissant derrière moi mon rêve d’Université à Strasbourg. Durant la semaine, Patrick allait au travail, il était électricien et quelques fois lorsqu’il faisait des heures supplémentaires le samedi il m’emmenait avec lui sur les chantiers. Petit à petit, je m’adaptais à lui. Le soir, nous nous joignions aux amis, jeunes travailleurs, qui nous attendaient pour d’interminables parties de billard. Plusieurs semaines passèrent sans que j’eus les « règles », le test fut inévitable : j’étais enceinte. Ce week-end là, Patrick ne m’emmena pas avec lui dans sa famille. Nous devions prendre une décision d’une grande importance : l’avortement. J’avais tous justes vingt ans. Il était hors de question de révéler à son père mon état. Il refuserait tout entendement étant Témoin de Jéhovah ! Il n’y avait pas de point de retour. Le jour de cette intervention, Patrick était absent. Je me sentais déchirée. Humiliée, je le quittais. Cet acte avait fait envoler les quelques sentiments à son égard. Tout était fini. Le billet de train que mon frère  m’avait offert était toujours valide. Je le pris et me retrouva dans le train qui m'emportait de toute vitesse vers cette nouvelle destinée, Marseille, la belle, la sauvage !

      Enrike vint m’accueillir à la descente du train accompagné de Mina, sa femme. Ils étaient beaux et amoureux. Ils respiraient la vie. En m'approchant, un intense bonheur m’enveloppa à l’idée de faire connaissance de leur fillette Juliette qui avait la peau blanche comme celle de Blanche Neige. Enfin, une vraie famille pour me recevoir, sans nul doute ! Mes premières soirées à table furent merveilleuses. Quel partage ! Enrike racontait sa journée et nous nous l’écoutions avec ravissement. Il y avait toujours un inattendu dans ces histoires. Il était chauffeur livreur du groupe Casino. Hélas, il venait de perdre son travail et se retrouvait lui aussi devant les portes des ASSEDICS.                                                 

      Le matin nous partions sur le port à l'arrivage des pêcheurs. Au début j'eus du mal à soutenir l'odeur, mais mon frère, jovial à souhait, trouvait toujours un mot pour me faire rire. Nous n'avions qu'un seul désir, celui de déguster les oursins.

      — Regarde sœurette, l’île de beauté. Elle est au loin, on ne la voit que par les temps très clair au-delà de notre rivage. C’est l’île de Napoléon. Elle rayonne de mille feux, mais aussi de mille bagarres, dit-on. C’est l’île de la mafia. C’est l’île du bonheur ! C’est la Corse !

      Entendre Enrike discourir ainsi était un plaisir. Il m'emmena maintes et maintes fois sur cette grande canebière. Hélas ! Les réalités de l’argent finirent par reprendre leur place. Tout me semblait tellement cher ! Il me fallait impérativement trouver du travail, et vite. Les semaines passèrent sans résultat, Je dus quitter mon frère pour lequel une bouche de plus à nourrir causait l'instabilité dans son propre ménage. Les colères du soir devenaient de plus en plus nombreuses. Mina, son épouse, ne supportait plus rien. Souvent entre eux éclataient des reproches qui s’enflammaient ! Sa femme me voyait sous un mauvais œil maintenant. Je ne pouvais que la comprendre. Le seul argent que j’avais apporté fut le solde de mon salaire maigre de Hachette. Il s’élevait à quatre vingt francs, soit trois fois pas grand chose. Par excès ou par dépit, Enrike acheta des fruits de mer et une bouteille de vin blanc. Il souhaitait ma bienvenue dans le pays du sud, mais aussi mon départ de chez lui. Tendrement, mes mains frôlèrent sa belle chevelure pour le remercier quand tout à coup, Mina se leva de table en m’insultant comme une tigresse. Ce fut l’esclandre. Je vis mes quelques affaires projetés par-dessus le balcon. J’étais anéantie, que pouvais-je faire, rien. J’observais le regard d’Enrike affolé. Je compris que j’étais dehors, mise à la porte sur le champ. Dans la rue à rassembler mes quelques affaires. A faire un baluchon. Il faisait nuit noire, lorsqu’une main se tendit vers moi alors que je me sentais perdue. C’était Paul, le frère de sa femme. Il me recueillit et m'installa chez lui, dans un autre quartier des hauts de Marseille. Il vivait dans une seule pièce avec son copain dont le prénom m’échappa. Dans la petite pièce il y avait à l’entrée un réchaud et au fond deux lits. Dans l’un dormait son ami avec sa copine et moi d’ans l’autre avec Paul. Durant la journée j’étais livrée à moi-même. Enrike passa me voir.

      — Choupette, que veux-tu ?

      — Rien, si... juste des cigarettes t’en as pour moi ?

      — J’peux t’en laisser que quatre, je n’ai pas grand-chose.

      — Pas grave c’est bien déjà.

Ce fut tout mais avant de refermer la porte. Il m’annonça :

      — Tu sais l’on vient de vendre des meubles ! Ce serait bien que tu aies une relation avec Paul, sa sœur se calmerait au moins!

       Alors qu’est-ce que cela pouvait lui faire que de me donner quelques cigarettes en plus ? Il n’avait rien d’autre à dire ! Même si je ne mangeais pas à ma faim, il ne s’en souciait guère plus ! Rien, rien d’autre que quatre cigarettes. Il partit aussi vite. Etait-ce pour son bof qu’il m’avait fait venir à Marseille ? Pas de bol car lui et moi, nous étions devenus des supers copains. C’était une belle amitié.  

      Ma position de SDF durait depuis quelques jours, je désirais tant une autre vie. Prenant un ticket je faisais la queue, moi aussi, devant ces longs panneaux d'offres d'emplois, sans obtenir des résultats concret. Ces démarches faisaient parties de mon quotidien. La misère gagnait son terrain. La nuit, je récoltais dans un sac en plastique les restes que les grands magasins jetaient dans leurs poubelles. Parfois je trouvais de beaux fruits, parfois d’autres à varié, tout était bon à prendre. Je ne voulais pas voler, je pensais uniquement à survivre. Ainsi chaque nuit, au risque d’être vue, je me mis à chaparder dans les vides ordures du supermarché d’à côté. Un jour alors que je flânais dans celui-ci, la tentation fut plus forte. Je fus prise en flagrant délit. Sous mon pull-over se trouvaient trois ou quatre pommes de terre ainsi qu’une tablette de chocolat noir. Les policiers furent avertis de mon délit. Interrogée, ils me relâchèrent mais sans mon butin. La honte n’était pas en moi sauf un grand désespoir envahi d’une certaine révolte. Nous n'étions pas les seuls à errer la nuit dans les rues de cette grande ville sans scrupules. Les chats, les chiens et nous petits humains.

      La providence sonna à ma porte et vint à ma rescousse. J’avais gardé le contact avec Patrick. Un peu d’argent me parvint de sa part à la grande poste de Marseille. Il me demandait dans son dernier courrier de revenir. Je pus payer mon retour et le rejoignis. Nous commençâmes une vie de couple chez sa sœur, bien installée. Elle m’adressa des regards de reproches, me commanda de prendre en charge le nettoyage de sa maison en contre partie du logis qu’elle m’offrait. Elle me fit remarquer, à maintes reprises, qu’elle m’avait sortie de la misère. J’astiquais les meubles, rangeais la vaisselle, nettoyais le sol à grand eau, cependant, chaque jour elle m’adressait des paroles méprisantes et du travail supplémentaire. Elle était employée de banque, moi, j’étais devenue sa bonne à tout faire. Patrick devint désespéré de cette situation et, à dire vrai, son attitude reflétait  plus qu’une situation de pitié envers moi. Nous prîmes la décision de nous unir. Le mariage fut prononcé avec comme seuls invités nos témoins. Le fond d’aide sociale m’avait envoyé un petit pécule de 800 francs anciens, ma dote ! Rapidement nous trouvâmes un logement, assez correct. Le sentiment que j’avais vis-à-vis de mon mari avait disparu au même moment qu’avait disparu mon bébé. Je m’efforçais d’être la plus agréable que possible. Notre première soirée de jour de l’an fut une catastrophe. Je voulais sortir, danser, m’amuser ; il refusa. « Danse sur la table, si tu veux » disait il tout en allumant la télévision. Une rage terrible m’envahit. Je lui fis un déshabillé érotico sensuel à la sauvage, qu’il aima d’ailleurs, pour lui montrer ma colère. Je ne l’aimais plus, mais l’avais je vraiment aimé ? Les nuits, je les détestais, je reculais toujours le temps de me mettre au lit,  prenant soin de m’enfiler une grande chemise de nuit. J’avais horreur de cet amour qui semblait plutôt physique. Il se mettait derrière mon dos, m’enfilait, jouissait. Semblance d’amour ! Plus le temps passait et moins nous faisions cet acte qui n’avait pas de sens pour moi. Des inconnus nous étions l’un pour l’autre, nous cohabitations. Il fut bien ainsi, cela évitait toutes conversations inutiles. Souvent on entendait les voisins du dessus qui s’envolaient dans leurs cris d’extase. Les sols mal isolés laissaient entendre les moindres sons. A ces moments là, o combien je rêvais d’avoir des boules ckies pour être dans un silence total. Mon époux travaillait sur les chantiers, parfois, il m’emmenait le samedi matin. Ces matinées étaient réservées à la distribution du cuivre brulé, qui lui rapportait quelques sous, temps suivi d’une pause saucisson et vin. Quelques mois, deux ou trois, peut-être il fut appelé au service militaire et dût partir. Je le voyais peu, cependant j’étais soulagée car dans cette situation il n’y avait plus de faux-semblant. J’appris par ses propres mots qu’il était amoureux d’une autre femme. Oh, je ne lui en voulais pas ! Mes distances furent prises et je savais que je ne reviendrai pas en arrière, alors à quoi bon se leurrer. Nous décidâmes de nous quitter d’un commun accord. Notre mariage avait duré un peu moins de douze mois. Je n’étais pas triste du tout, bien au contraire, un sentiment de renouveau n’envahissait et je me sentais libre comme l’air d’autant plus qu’une offre me fut fait dans la vie active, l’aubaine ! Il n’était pas des plus reluisants, loin de là. Il consistait, tous les jours, à s’occuper du ménage de la maison ainsi que de l’épouse du maire de Méréville, André Jossand,  pour une somme de mille deux cent francs. C’était une porte de sortie, une issue de secours, une échappatoire à cette vie qui tournait à la dérision. Cette pauvre femme  n’avait plus toute sa tête, la maladie d’Alzheimer l’avait atteinte et il n’était pas toujours évident pour une jeune fille de la prendre en charge, surtout de lui faire prendre son bain. Il n’était pas toujours facile de la déshabiller et de la faire plonger dans l’eau car elle faisait son poids mais aussi elle était comme inerte. Je trouvais que la vieillesse n’était pas belle à voir, et j’étais quelque peu choquée de comprendre que l’on finissait ainsi, la peau toute flétrie. Huit mois après ma première embauche, elle mourut. Son mari n’ayant plus besoin de mes services, me conseilla d’aller rencontrer M. Rencouvert, maire d’Etampes et de lui proposer ma candidature. Mon baccalauréat obtenu me permettrait, lui semblait-il, d'être embauchée à la bibliothèque municipale, située dans un bel édifice, doté d'un riche passé du XVIème siècle, demeure de François 1er, roi de France, et Anne de Pisseleu, duchesse du Comté, sa maîtresse. Elle était très souvent en désaccord de rang constant avec Diane de Poitiers, favorite du dauphin Henri II. Suite au coup de Jarnac, un duel lancé par jalousie valut à Anne de Pisseleu de restituer l’ensemble de ses biens, bijoux et terre. Dernier duel judiciaire en 1547 autorisé par la magistrature française. Anne fut enfermée dans la tour Guinette, située dans les hauteurs de la commune. À la suite de son procès, elle fut accusée d’avoir eu des relations avec Charles Quint, ennemi de nos rois. Anne fut condamnée au bannissement total, enfermée à la « Tour de Guinette ». On pouvait toujours visiter le donjon, aujourd'hui en partie détruit, et les jardins extérieurs.

      Ce fut dans cette ville d’Etampes, que je connus mes amitiés sincères, et fis mes premiers pas vers la découverte de l'art. Ville de mon insouciance, ville de ma liberté. Je passais mon temps entre elle et mes voyages en Belgique ou Hollande, toujours à l'affût des expositions de peintures. Mes premiers salaires, je les dépensais avec mon équipe de jeunes fous, motards et motardes, en boite de nuit, en restaurants, en ballades, en courses de vitesse au circuit de Magnycour. La vallée dorée n’avait plus de secrets pour les pneus des deux roues. C’est ici, dans cette ville moyenâgeuse, mes premières palpitations d’ivresse connurent l'allégresse.  Nos fêtes remplissaient mon agenda, et les amis de mes amis étaient aussi les miens. Nous dévalions d'un pas vif les rues pavées et ruelles étroites, avec des exclamations des cris joyeux et rires explosifs.  La jeunesse était ancrée en nous aussi profondément que les rayons du soleil brûlaient notre peau, elle était déesse de la vérité, des folies, de l’amitié, une autre destinée ! La mairie nous prêta la salle des fêtes récemment refaite. Avec quelques compagnons, nous décidâmes de créer un moto-club Etampois, régi sous la loi 1901. Notre association dont j’en étais la présidente, comptait déjà une cinquantaine de jeunes fous. Nos réunions joyeuses avaient lieu principalement les vendredis soirs. Des courses furent organisées. L’une d’entre elle tourna au drame. Ce fût par un beau matin d’été, nous avions entrepris une randonnée. Le chemin choisi fut celui des virages de la vallée dorée. Soudainement Fabiolo, le plus passionné, le plus fou du chrono, accéléra, laissant derrière lui la bande. Il disparut aussi vite qu’une fusée. A l’arrivée du dernier virage, il nous attendait, bien tranquillement, en nous faisant des grands signes de la main, l’air heureux et satisfait de sa compétition. Il nous invita à battre son score. Certains le suivirent. Fabbio roulait de plus en plus vite, puis... la chute. Une chute terrible. On entendait la sirène des pompiers au loin, Fabiolo était là cloué au sol, les jambes retournées dont l’une d’elle laissait entrevoir l’os du péroné. Nous pensions tous qu’il était mort. Depuis ce jour, notre association motarde connut le déclin, puis se résilia auprès des administrations. Un chapitre de ma vie prenait fin.

 

      Mes premiers salaires me permirent de louer un appartement plus modeste mais mieux disposé et d’acheter mes premiers meubles à crédit : une belle table couleur rose pâle avec deux chaises, un matelas posé à même le sol, quelques casseroles, une cuisinière, un frigo, et mon premier salon. Un bon départ, pensais-je. 

      Mon nouveau travail de secrétariat, à la bibliothèque consistait à enregistrer sur un papier cartonné qui se divisait en huit petites parties égales, des livres par noms d’auteurs, titres et résumés sur une vieille machine à écrire. J’avais bien du mal à la contrôler,  à dire vrai, je n’étais pas douée du tout en dactylographie ! Deux longs mois d’essai avant d’obtenir au bout deux années le titre d’employée de bibliothèque, aboutissement qui me permettrait enfin d’accueillir et de renseigner le lecteur. Mes collègues fermaient  les yeux sur mon ignorance, mais, je voyais bien qu’elles étaient mécontentes. Cependant, voyant que je faisais de mon mieux, elles finirent par m’adopter. L’une d’entre elles, Yvette, lors de nos jeudis après-midi, fermeture du public le  public, me posait des questions qui me mettaient souvent mal à l’aise.

      — Tu as dû sacrément en raconter au Maire pour qu’il ait accepté de t’embaucher. Tu as de la chance de pouvoir être stagiaire pendant deux ans, cela te permettra d’apprendre beaucoup de choses. Surtout si tu tiens à ta place et si tu souhaites être titulaire, appliques toi et tiens toi à l’écart de toute politique ! disait-elle sur un ton sévère et dubitatif.

      Elle était la plus ancienne des personnes embauchées depuis l’ouverture de la bibliothèque. Elle me scrutait sans égards durant mon travail. Je ressentais une gêne si profonde que, bien souvent, je ne savais plus ce que je devais faire ou dire. Un malaise s’installa petit à petit. La plupart du temps, au jour de fermeture du public, nous recouvrions les livres,  enregistrés et les placions en rayonnage. Nous prenions thé ou café et les discussions en tout genre mais surtout le positionnement des vacances ou les points obtenus pour l’éventuelle augmentation en fin d’années prenaient place. Soudainement sans rien avoir demandé Yvette, d’un ton méchant me lança.

      — Il n’y a pas que toi qui as été déchirée par la guerre, figures toi, moi aussi, j’ai perdu mes parents, et beaucoup de gens de ma famille sont morts. Moi aussi, j’étais dans un orphelinat, mais le tien... il est dur à croire, car mademoiselle, vous étiez bien gâtée à ce que je vois. Nous, on dormait toutes dans des grands dortoirs, les lits en ferraille recouverts d’une couverture très rêche. Aucunes gâteries, aucuns regards d’amour. Juste le dormir, le boire et le manger. Et l’école quand il y avait des enseignants qui se déplaçaient, ce qui était rare.

De ses questions qui attendaient des réponses, je m’en méfiais. Désirait-elle que sous son autorité d’ancienne, je me mette à flancher ? Était-elle jalouse de nos différences d’éducation ? Que pouvais-je lui dire de plus lorsque son regard inquisiteur tombait dans mes yeux? Que nous, nous étions toutes sur des petits lits , entassées dans une seule pièce, avec un seul habit pour l’hiver et un seul pour l’été, qu'il n'était pas question de penser aux vacances  ni au collège pour les grandes études, qu’il nous fallait travailler sans relâche? Non, je ne pouvais pas lui dire cela, puisque ce n’était pas vrai.

      — Tu parles! Affirmait-elle sur un ton amer .Ah ! Si moi, j’avais eu une enfance comme la tienne, cela aurait été le pied, mademoiselle la princesse !

      L’après-midi se termina sans aucun autre mot. Pendant des heures et des heures, j’exécutai, seule dans un bureau, en parfait silence, ma tâche. Parfois l’on me demandait de recevoir le public. Là, je me sentais vraiment à l’aise. Les lecteurs nous rendaient les livres empruntés et en échange, en prenaient d’autres. Il fallait immédiatement ranger dans les rayons les livres restitués par ordre des codes, de nom d'auteurs et de titres. J’adorais faire cela et être en contact avec diverses populations m’apprenait tellement plus. Quelquefois, le mercredi après midi, je me joignais à l’équipe « jeune public ». C’était toujours un vrai régal que de conter des histoires aux enfants dans la salle prévue à cet effet. Nous étions tous assis par terre sur des bas coussins. Les enfants nous réservaient leur plus grande écoute.  J’étais devenue l’un d’entre eux car je devenais ce conte à part entière à sa lecture. Parfois j’étais de permanence le vendredi soir, les portes fermant à vingt heures.

      L’été je flânais tranquillement avant de regagner mon logis mais l’hiver, j’activais le pas pour rentrer chez  moi, à environ à trois kilomètres que je parcourais matin et soir, attendait mon retour. C’est sur ce chemin que je fis la connaissance de deux personnes âgées. L’une, je la côtoyais presque tout les matins. C’était un vieil homme qui prenait plaisir à faire un bout de chemin avec moi. Lui partant chercher son pain et moi pour me présenter à mon travail. L’autre était une femme âgée que j’apercevais de temps à autre, derrière ses rideaux. Elle était là, fidèle à la même heure, derrière son rideau grisâtre, nous adressant son bonjour d’un signe de la tête. Monsieur Zaccary me disait la connaitre, il me disait aussi que depuis que son mari était mort, elle restait là toujours derrière sa fenêtre. Elle semblait l’attendre. A la veille de Noël, il organisa une après-midi thé. Ce fut avec grand plaisir que j’acceptai. Il me tendit une enveloppe dans laquelle il avait placé des billets. Cette enveloppe chaque mois devint un rituel. Il devint mon grand-père de cœur.

      Alors que je fermais les portes de la bibliothèque, quelle ne fût pas ma surprise, un ami du lycée, là devant moi, m’attendait! C’était Daniel, comme une ombre, assis sur les marches des escaliers de l'église, accompagnée d’une jeune fille ravissante.  Comme si  le destin les avait poussés ici pour me prévenir d'un lendemain. Nos échanges furent très intenses lors de nos retrouvailles. Il me dit n'être que de passage et me présenta sa fiancée. Il avait réussi avec  succès à obtenir son diplôme d'enseignant d'histoire, mais étant infirme, il n'avait trouvé de postes que dans le cadre de remplacements. Après une longue discussion, je les invitai à se joindre à moi pour prendre une collation. Manquant de temps, ils la déclinèrent en me souhaitant bonne chance.  

      D'un pas vif, je me rendis au bar situé face au seul cinéma de la ville, et m’installai dans un coin à coté d'un juke-box. Il était là, tout pimpant, papotant à droite et à gauche divulguant son sourire d’ange. Le plus beau des jeunes hommes à mon goût. A lui seul, il remplissait la salle de sa bonne humeur. Je n'avais d’yeux que pour lui! Nos regards se croisèrent. Je ne sais pas ce qui se passa, mon cœur se mit à battre la chamade et j'eus très envie de faire sa connaissance. Je me haussai sur l’un des tabourets et entamai timidement une conversation.

      — Il me semble, vous avoir déjà rencontré à la bibliothèque, je me souviens de vous avoir aidé pour des recherches concernant le Canada ? 

      —  Oui, c’est un de mes rêves les plus précieux, sans aucun doute. C’est dans ce pays que j’aimerais vivre. Je trouve que les Canadiens sont plus sincères que les gens d’ici et apparemment le travail est plus facile à trouver. La vie y est moins chère. Je ne peux résister à leur nature. Savez-vous jouer au flipper ? Je vous en propose quelques parties ? Celui qui gagne paye une tournée ! Je me prénomme Arthur.

      Ce fut avec plaisir et cœur battant que je me joignis à lui. La soirée défilait. Au moment de lui dire au revoir, je l’invitai à se joindre à la fête pour clôturer ma location d'appartement du quatrième étage, situé aux Guinguettes, un quartier de logements sociaux. Souvent, les ascenseurs étaient cassés,  et les carreaux des fenêtres brisés. La nuit, on entendait les couinements de pneus de voitures sur le bitume enfumé. Des poubelles brûlaient, tout comme des voitures. La police n’aimait guère faire sa ronde dans ce coin. Les autres quartiers du Nord de la  Guillemette avaient eux aussi leurs délinquants. Cela devenait presqu’une habitude et personne ne disait rien. Bienheureuse étais-je de quitter cet endroit ! Sabrer le champagne pour cette occasion en vue d'aménager dans une petite maison d’Etréchy fut le prétexte pour moi d’organiser une soirée. Ma vie ici, était bien différente des autres locataires. Tout d’abord, l’intérieur je l’avais peint en blanc et mes meubles principaux furent tous en rotin assortis de coussin beige sans oublier le bar en rotin lui aussi. J’avais condamné ma chambre pour en faire un atelier de peinture. Mais pour cette soirée elle nous servirait de dancing. L’arrivée des convives s’entendait de la rue. Leurs chants montaient aux cieux. Chacun d’entre eux m’avait apportés un cadeau. Je fêtais une année de plus. Que le temps passait vite ! Du homard, du foie gras et plein d’autres bonnes choses furent servis sans oublier l’alcool ! Pas trop, juste ce qu’il faut. Mes amis étaient partout, j’avais l’impression que cet appartement avait rétréci soudainement ! Notre jeu préféré fut à l’honneur. Celui de s’entasser les uns sur les autres en essayant de faire tomber l’autre. Que de rires ! Que d’explosions !

      — Monia, toi qui as toujours beaucoup aidé, peux tu me donner un coup de main pour préparer le lunch ? Et toi Sophie que penses-tu d’un punch martiniquais ? 

      Mes deux amies, que j’avais rencontrées lors d’une mes sorties dans l’unique night-club d’Etampes, furent enchantées de se joindre à moi pour ces festivités. Avec Sophie et Monia les préparatifs furent un vrai régal, une immense joie.

      — Flore, je pense que tu devrais ajouter tes collègues à ta liste d’amis à inviter, juste pour un verre, tu vois, histoire d’être bien avec elles.

      — J’inviterai aussi cet Arthur que j’ai croisé récemment tu vas voir, Sophie il est trop chou ! 

      — Serais-tu amoureuse ? 

Rouge comme une pivoine, j’imposai son nom sur la liste. Il accepta volontiers et d’un air ravi, se proposa de m’aider pour déménager le moment venu mais était incertain de sa présence à ma fête. J’avais invité les volontaires à une dernière fête. Elle fut torride. Tous et toutes prirent congés. En un éclair, le silence avait sa place. Quelques assiettes et verres cassés au sol indiquaient le passage de cette fougueuse jeunesse, une vraie tornade! Le lendemain, un peu abasourdie, je pris ma moto, une belle petite bombe, marque Suzuki, routière, cent vingt cinq centimètres cubes, et deux sacoches blanches de chaque côté. Un petit bijou ! J’avais le cafard, j’avais du mal à supporter la solitude et ce silence ! J’enfourchais ma splendeur me dirigeant au grès du vent, sans aucune destination bien précise. Ce fût celle de Dourdan, route plate qui me permit d’accélérer l’allure. Une voiture sans prendre garde me serra de près pour me doubler. Je glissai sur le bitume et me retrouva près des arbres. Deux poignées cassés, un morceau de rétroviseur dans le ventre, et me voilà à l’hôpital ! Plâtrée pour deux mois ! Mes amis m’apportèrent une quantité phénoménale de chocolat. C’était la période de Pâques. J’eus la surprise d’avoir comme voisin de chambrée, Fabbio, qui était rentré quelques semaines plus tôt. Son état était inquiétant confirmaient les infirmiers. Dans les couloirs, ils s’empressèrent, car disait-on, on devait lui couper la jambe droite. Une horrible plaie laissait place à une gangrène. Nous étions tous très tristes de cette mauvaise nouvelle. Depuis ce jour plus jamais je ne montais sur une moto, vaccinée j’étais.

      L’heure de mon nouveau déménagement approchait. J’étais heureuse de prendre possession de cette petite maison à Etréchy. Tout se passa bien. Quelques jours plus tard nous pendîmes la crémaillère. Tous mes amis artistes peintres ou musiciens, dont Christian et Didier étaient présents, danseurs et danseuses. Tous, simplement parce que je les aimais, partageaient la soirée dans la gaité des jours heureux. La passion était au rendez-vous. Arthur montra son bout du nez un bref instant. Discrètement, il me prit la main. Sa chaleur, son enthousiasme, ses yeux, reflétaient un jeune homme assoiffé de désenchaînement. Ses mots n’étaient que la description totale d’une liberté ressemblant  à  l’époque de mai 1968. Il y avait un autre Christian plus âgé et à qui je montrai mes peintures qui me remerciait de part sa présence. Il avait fait fort pour m’honorer vingt deux roses rouges ! C’est à Paris que je l’avais rencontré sur les Champs-Elysées sur cette belle avenue à vous couper le souffle. Elle était exactement comme le tableau de Monnet !  Il m’avait abordée très galamment et j’avais accepté de prendre une collation avec lui. Ce qui m’attirait chez lui étaient ses connaissances artistiques. Je soupçonnais de lui plaire un peu plus que d’une simple amitié. A cette époque mes cheveux longs ondulés tombaient dans mon dos, ma silhouette fine attirait le regard de la gente masculine.

      — Je vais te mettre en relation avec un ami, justement il vient des Etats-Unis. C’est un artiste très connu pour sa sculpture sur verre. Il fait passer toute la transformation de cette matière dans l’émotion du détail. Ce qui lui manque, ce sont les couleurs qu’il a du mal à maitriser. Je vais te le présenter, car il est de passage sur Paris. Ta façon de peindre rejoint bien son art. Ce serait une autre ouverture pour toi. Un nouveau départ vers un monde inconnu au sein des Etats-Unis.

      Monia, Sophie ainsi que Christelle profitaient du petit bassin d’eau bordé de roseaux. Le jet d’eau, qu’il diffusait, laissait deviner une certaine quiétude. Sophie la plus hardie fut la première à lancer un défi.

      — Toutes dedans...Pataugeons !

      — Allez, Flore, tu seras juste un peu mouillée, c’est tout ce n’est pas grave ! 

Tandis que je m’apprêtais à asperger mes amies, je reçus un seau d’eau sur la tête, lancé par Christian. La party pouvait démarrer. « Et d’une ! A qui le tour ? » Criait Didier. Nous toutes courûmes autour de ce bassin. Les jeunes hommes s’amusaient en nous attrapant pour nous faire tomber. « Préparons le barbecue maintenant », réclamais-je, ainsi j’évitais une deuxième trempée. Arthur, qui était fort doué en la matière, s’avança et dit avec un large sourire : « Flore tu t’es trompée, il faut du charbon de bois pour faire un barbecue, pas des boulets de charbon ! Ca c’est fait pour mettre dans les poêles l’hiver ! »

      Tous mes convives se mirent à rire, et moi aussi. Qu’elle sotte j’avais été. Pour une première, c’était réussi, mon tour de tête en l’air !

Les yeux tirés mais le sourire radieux de mes convives m’indiquèrent qu’ils avaient tous et toutes étaient très heureux de partager avec moi cet emménagement.

      Le temps des jolis mois arrivait.  Le rendez-vous des  congés s’approchait. J’avais décidé de partir dans les gorges du Tarn où un sculpteur sur verre passionné, Thierry, avec qui j’avais une relation intime, m'attendait avec toute sa troupe que je connaissais déjà. La route étroite et serpentée avec ses ravins me fit avoir plusieurs peurs bleues. Je poussais à fond ma petite voiture. Dans le rétroviseur j’apercevais mon petit chien « personne » qui allait à droite à gauche, regardant par la vitre comme si qu’il voyait le paysage. Les pentes étaient très abruptes. Il ne fallait surtout pas donner des coups de freins trop forts ni des coups de volants trop brusques, sous peine de voir déferler la colline à pleine vitesse sous vos roues ! Ouf, enfin j’arrivais à destination le dos bien en compote. Mes comparses, fidèles au rendez vous, m’attendaient avec une bonne chope de bière bien fraîche, que j’avais bu avec grand plaisir. Le soleil était haut et chaud et une bonne douche,  à l’hôtel, me fit le plus grand bien. Une semaine de repos que je dégustais avec parcimonie. Mon ami me montra l’art du verre. Il était doté d’une agilité de félin lorsqu’il faisait tourner sa baguette de verre colorée sur le feu produit par une grande bouteille de gaz. Etonnée, je le regardais souffler. La tige de verre creuse, se transformait en boule bouillante. L’objet prenait petit à petit sa forme avec les fines pinces qu’il tenait dans main droite. Cela pouvait être un verre, un animal. Il était souffleur de verre, un art tout à fait particulier, mais tellement beau à voir ce verre se transformer,  surtout lorsqu’il produisait des petits chevaux blancs ou des oiseaux multicolores. Les vacanciers se précipitaient devant sa devanture. Son atelier fonctionnait à merveille et lui était aux anges.

      Lors d'une balade sur les sentiers escarpés de cette région splendide, je m’étais assise sur un rocher, regardant l'horizon, quand soudain un insecte me piqua sur la tête. J’eus quelques instants après des sensations étranges. Cette semaine de repos passa à une allure folle. Les promenades en moto avaient été nombreuses, l’une d’entre elle fut périlleuse. Les virages s’annoncèrent sévères, Thierry ne prit garde, sa moto glissa juste devant un monument aux morts et moi avec. Heureusement nous avions été épargnés de tout dégât physique, par la grâce de Dieu ! Hélas pour lui, sa bécane tant chérie fut bien esquintée. Quelques jours après, nous rompîmes, mais décidâmes de rester copains.

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Publié dans : MES OEUVRES ARTISTIQUES

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Le désir : dimension 80*110

Voici l'oeuvre que je suis entrain de travailler

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Publié le par AURORE
Publié dans : MES OEUVRES ARTISTIQUES
réalisé par AURORE

réalisé par AURORE

 

 

OEUVRE N°11 : PAUL MARI

dimension : 80*110

2013

Realisé par Aurore

TABLEAU RESERVE A SON FILS PAUL MARI

 

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Publié le par AURORE
Publié dans : CAHIER-Textes 2014

L’amour a frappé une nuit à ma porte

De mon passé douloureux il m’exhorte

Glisse la fougue

Passion exergue

 

L’amour a frappé à ma porte

Sur un nuage il m’emporte

Coule le désir

Flamme soupir

 

L’amour à frappé à ma porte

Cendres de mon corps il exporte

Fondu d’une extase

Caresse embrase

 

L’amour a frappé à ma porte

Jaillissant de mon âme morte

Le désir de l’aimer

De lui être aimer

 

AURORE-2014

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Publié le par chantal rodier dit aurore
Publié dans : CAHIER-Textes 2014

" La poèsie est belle, l'amour est infini mais la fusion est eternelle "

(Jean-Paul)

 

" Un confondu mystérieux de cette alchimie de deux êtres pélérin de la Lumière atteignant l'ultime de l'esprit-âme au travers d'émotions partagées "

(Aurore)

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Publié le par AURORE
Publié dans : CAHIER-Textes 2014

LA FRENESIE

 

Un au revoir d’un regard qui parlait d’amour

Une brûlure dans ton être pour toujours

J’ai lu ta vie, j’ai lu tes plus fous espoirs

Des pétales de roses dans les couloirs

 

La veille l’impossible s’est révélé

Je t’ai croisé, à ton bras accrochée

Des questions j’en avais mille à te poser

Des réponses j’en attendais sans oser

Le destin jadis nous avait  séparés

De tes sentences innocentes, éloignés

 

A la première danse j’ai frémi

A la dernière je me suis blottie

Une émotion forte nous a envahis

J’étais bien comme un vrai paradis

 

Danse avec moi, frénésie de nos pas

Tourbillons sur des airs de là-bas

 

Nos mains se sont cherchées

Tout savoir, tout connaitre

Rien ne devait disparaître

Dans un même lit, allongés

 

Caresses pures et suaves

J’aurai voulu être esclave

Attirance, plaisir, chavire

Plus encore à te dire

Que de vouloir mourir

Dans le sillon de tes désirs

 

AURORE -2014

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Publié le par AURORE
Publié dans : CAHIER: Textes 2013

 

Unissons nous dans la tolérance et la Paix afin de lui rendre Hommage

Nelson-mandela.jpg

 

Nelson Mandela (1918-2013)

 

Jadis, éperdu d’amour fou

Il courrait, dans les forêts, nu

Son cœur battait plein de vie

Ses yeux couleur du miel doux

Son corps, un arbre devenu

 

Tout chantait un bel avenir

La savane  parlait d’elle

Une panthère si belle

Né des eaux Mvezolaises

Se sentant toujours à l’aise

Connaissant l’impatience

Douceur de paix patience

 

La sérénité perdue

Bonheur d’années vendues

Liberté chaînon de sa mort

Guerre brisée à son port

 

Désespoir...cris...pleurs...révolte

Pertinence...désinvolte

 

Chante encore avec moi

Sur le tempo de mon tam-tam

Le refrain de sa souffrance

Versets de sa délivrance

 

AURORE-2013

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