Chantal RODIER

Chantal RODIER

ARTISTE PEINTRE -POÉTESSE- Marsac en Livradois

Publié le par AURORE
Publié dans : Flore ou la rage de vaincre

6- Naissance d'une louve

Je vis mon ravisseur juste une seconde, égaré dans ses gestes, et lui ordonnais de remettre le téléphone, qu’il avait caché bien à l’abri de mon regard, à sa place. D’où venait cette force de le sommer d’appeler d’urgence les pompiers ? Mon instinct de survie. Cette fois-ci, il exécuta mon ordre.

Les secours arrivèrent, sans me bousculer d’un pouce, ils m’allongèrent dans une civière avec comme appui pour ma tête le précieux oreiller que je ne voulais plus quitter comme si il faisait partie intégrante de ma nuque. J’entendais des sons. J’étais déjà partie, loin, loin dans les sphères de la mort. Ils me transportèrent sur le brancard, l’encastrait dans l’ambulance, je me voyais, je planais, je m’étais envolée très haut et très loin, comme aspirée dans un grand couloir noir, qui était paradoxalement éclairé d’une lumière si intense et si blanche. Je n’étais plus de ce monde, j’avais disparue de la surface de la terre et pourtant, d’en haut, j’entendais des voix lointaines qui essayaient de me ranimer, me parlaient gentiment, appuyant très fortement leurs mains sur mon cœur, et m’invitant à respirer de nouveau, à rester avec eux. « Ne partez pas, revenez, revenez, respirez! Vous nous entendez? Répondez nous, faites un geste ! Bougez, mademoiselle, bougez vos paupières ! » disaient leurs voix si inquiète de mon départ.

Je me sentais si bien là-haut, je les entendais et je scrutais cet être perdu dans le froid qui était moi. Puis plus rien, juste un soubresaut et des larmes. Ce fut étrange cette atmosphère de la mort comme si elle évitait que mon temps ne soit pas fini dans le monde des hommes. Je regagnai docilement cette enveloppe charnelle qui me semblait inconnue et je sombrais dans un demi-coma. Je chantais avec des « A » prolongés, ma souffrance...

A l’hôpital d’Étampes je dus attendre longtemps. Comme je portais une boucle d’oreille à l'oreille gauche, l’équipe médicale avait du mal à détecter le projectile enfoui dans mon crâne. Je n’étais plus que chant de douleurs embelli par cette lumière que j’avais entraperçue "là-haut". Du sang sortait, de mon nez, de ma gorge se répandant sur les draps. Un chirurgien fut appelé d’urgence à mon chevet. D’autres radiologies confirmèrent l’emplacement du projectile. Ma main agrippa la blouse blanche, et peu de temps après, je fus transférée à Paris, à l’hôpital Necker. Une heure de trajet environ durant laquelle je ne se souvenais de rien.

Plusieurs infirmiers s’étaient rassemblées. Dans un coma, je dormais. L’intérieur de ma tête n’était que détonation. Mon seul soulagement, de la Morphine à la demande. Le liquide coulât dans mes veines durant plus de dix jours, jours et nuits, pour éteindre mes maux. Dix jours à entendre la même question.

« Qui vous a fait cela ? Vous n’avez rien à craindre ici, vous êtes en sécurité »

Répondre, je ne le pus, Je n’osais leur dire car ne sachant comment, mon bourreau était présent, là, à l’entrée de la porte de ma chambre. Il me surveillait. Les infirmiers l’avaient remarqué. Cependant ils pensèrent qu’il était de ma famille et lui laissèrent le droit de me rendre visite. Plus bouger, rester figée. Que voulait-il de plus, me tuer plus ? Avec un sourire d’ange au lendemain des fêtes de Noël, au surlendemain de son méfait, il se pencha vers mon lit.

« T’as vu, je sais bien tirer, tu n’es pas morte ! Chuchota-t-il»

Il déposa des cadeaux que sa famille avait acheté, une montre et du parfum Nina Ricci. D’après la radiologie, la balle de ce 22 long rifle avait pris place, pas loin de ma colonne vertébrale, bien casée dans mon crâne du côté gauche. Dix jours de vives douleurs. Dix jours s'écoulèrent où je restai entre la vie et la mort jusqu'à ce qu'un médecin responsable du service m’annonça prochainement mon départ pour une maison de repos. Mon séjour fut programmé pour une période de deux mois. Avant de partir il m’avoua : « Mademoiselle Flore, savez vous que vous avez eu une énorme chance, vous êtes une rescapée ! Jamais, je n’ai vu une possible chance ! La balle aurait pu vous envoyer au Paradis, mademoiselle, c'est seulement grâce à votre position en chien de fusil sur votre lit et aussi probablement du mouvement infime de votre tête ,qu' elle a vrillée à travers votre visage pour venir se planter là où elle se trouve ! Normalement, elle ne devrait plus bouger. Vous êtes sauvée, mademoiselle. Il vous faudra certainement beaucoup de temps pour effacer de votre mémoire ce cauchemar. Cependant nous vous conseillons de vous rapprocher de la police. Prenez soin de vous, mademoiselle ! ».

Saint Rémy les Chevreuses m'accueillit pour un long séjour. Mon poids était tombé à trente deux kilogrammes. Je m’étais fait raser les cheveux à un centimètre du crâne, et les avais coloré en rouge vif. Je n'étais plus cette belle jeune fille aux cheveux châtains clairs bouclés, aux yeux verts clairs, resplendissante de la joie de vivre. Non, ce n’était plus moi, quelqu’un d’autre sans doute.

Ce fut à cet endroit, aussi que j’appris la mort de l’un des mes amis, présent à ma crémaillère. Décès dans des circonstances plutôt étranges, défaillance du véhicule. Seul appel que je reçus durant tous ces mois de malheurs celui de Monia, la danseuse qui, sous nos rires, m’avait appris les plaisirs du reggae. Elle avait eu, elle aussi, sa part de peine. Dans la matinée sa voix retentit dans l’unique appareil téléphonique de la maison de repos, qui se trouvait dans le couloir du rez-de-chaussée, près du bureau du directeur.

« Flore, comme nous étions heureuse à partager des moments ensemble, tu t'en souviens? Nos échanges sur les difficultés de la vie, nos rires, nos déjeuners et bien d’autres choses. Il faut que je te dise, j'ai une bien triste nouvelle à te communiquer : notre ami le musicien, Didier, est mort, d'un accident de voiture Alors qu’il livrait ses journaux via la Belgique, sur l'autoroute, il a été heurté de plein fouet par un camion qui venait à contre sens. On dit qu'il n'a pas maitriser son véhicule, mais on dit aussi que sa voiture avait été sabotée. On ne connait pas vraiment les causes. En plus, il y avait un de ses collègues avec lui. » murmura-t-elle émue.

Mon cœur bascula d’un seul coup. «Vous allez bien ? me demanda une infirmière qui passait près de moi ». J’acquiesçais d’un signe de tête. En réalité et en aucun cas j’allais bien. Je crus que le monde s’effondrait.

« Didier est mort d’un accident de voiture en allant livrer ses journaux à Amsterdam, on ne sait pas trop comment, mais il parait qu’Arthur le cherchait la veille... Allez, j’en ai trop dit, il me faut raccrocher. Garde courage, mon amie, un jour l'on se reverra mais il me faut être prudente moi aussi, tu comprends, s’il sait que je te téléphone…».

Puis ce fût le silence. Je tapais sur ce téléphone : « Non, ne raccroche pas Monia, ne pars pas ! », plus personne n’était au bout de ce fil. Je chavirai encore plus, mes yeux cherchèrent une ombre à droite à gauche, au loin. « Didier, mais comment as tu pu me laisser… ». Lâcher ce combiné m‘était impossible, je ne voulais que mourir auprès de lui. Je refusais ce que mon amie venait de me dire, il devait être le premier guitariste du groupe Téléphone, il s’apprêtait à signer le contrat avec eux. Je pensais à sa mère, à son père qui était décédé quelques années auparavant, non, ce n’était pas possible, pas lui ! J’imaginais ses doigts glissant sur l’instrument magique, sa voix résonnait bien au-delà du firmament. Lui qui avait ce don et allait réaliser son rêve ! Lui avec qui j’avais traversé la France, lui, mon confident, fidèle compagnon de ma solitude…Lui...Lui.

Le discours de Monia m’enfonça au cœur des enfers. Elle me disait avoir reçu la visite d’Arthur, car elle aussi était là lors de ma crémaillère. Elle me disait qu’elle s'inquiétait beaucoup pour moi, mais pour elle aussi. Ne voulant m'en dire davantage elle prit congés tout en faisant une dernière révélation qui me glaça le dos

— Fais attention à toi, Flore, il est là près de toi, il rode aux alentours de ta maison de repos, je ne peux t’en dire plus, j’en ai trop dit. Il me faut te quitter maintenant. Surtout promets moi de faire attention à toi.

— Comment ça, il rôde ! balbutiais-je, affolée.

Ma question fut sans réponse. Tout mon être devenait brouillard. Je m’évanouissais. Péniblement, avec l'aide des infirmières je remontais dans ma chambre et m'assoupis. En me réveillant, je me rendis compte que j’étais restée prostrée sur mon lit. A partir de ce jour, je m’enfermai dans ma chambre. Plus sortir, me terrer là. N’était ce pas le lieu le plus sûr ? J’interpellais tous les professionnels du corps médical qui passaient devant le seuil de ma porte, que j'avais pris soin de laisser grande ouverte, afin d'être bien vu par eux. Je ne voulais plus rester seule. Près de moi il fallait qu'ils y soient omniprésents. Morphine sous piqûres, Baralgine en cachets, Tranxene, valium, les aides-soignantes surveillèrent la bonne distribution, et s’assurèrent que j'avalais le tout. Je me sentais vidée. Le directeur ayant été averti de mon comportement étrange m’invita à le rencontrer dans son bureau. Il me mit assez à l’aise en m'assurant de sa protection, ici je n’avais rien à craindre. Il m'incita à donner le nom de mon agresseur, afin de renforcer ma sécurité.

Mes yeux remplis de larmes et de peine, refusaient de s’ouvrir à la beauté existante de notre monde, mon corps en loques gisait à même le sol, recroquevillé dans un recoin sombre de la chambre que l’on lui avait attribué. Ne plus penser, ne plus exister. Les images, malgré moi, défilaient avec force et intensité. C’étaient comme si elles voulaient que je me souvienne ! Dans cette chambrée, je ne me sentais plus en sécurité. Les infirmières, pour m’éviter de trop marcher, m’avaient positionné un fauteuil roulant face à la fenêtre. Après les repas, parfois, je restais assise durant des heures, à fixer les murs. Comme mes yeux avait toujours du mal à lire les pages d’un livre, alors, je m'occupais à rendre visite à mes voisines convalescentes, dont une dialysée, avec qui j’avais sympathisé, un malade du foie et quelques autres avec qui je prenais le temps de réapprendre à vivre. Un jour, alors plus fatiguée que d’ordinaire, je restais à contempler le parc qui nous entourait. Je n’étais pas encore sortie et ce depuis bien des mois, préférant le joli jardin ainsi que la salle d’accueil ou de nombreux livres m’attendaient. Refusant de sortir à l'extérieur de l'enceinte, chaque jour, un temps de marche ré-éducative me fut obligatoire. Je n’étais pas encore assez rétablie pour profiter des sorties en ville.

Mon heure de sieste était la bienvenue, quand tout à coup, il fut là devant moi, seul à seule, basculant mon fauteuil, à califourchon sur mes maigres cuisses, appuyant tout son corps sur moi. Ses yeux étaient noirs comme sa chevelure.

« T’as pas intérêt de parler ! Cette fois ci ! je ne te louperai pas. Avec mes jumelles je vois ta chambre et je vois tout ce que tu y fais. Zianibé te surveille aussi jour et nuit derrière ta fenêtre. Tiens toi tranquille, sinon cette fois... » vociféra-t-il d’un ton menaçant.

Ce fut de nouveau un vrai cauchemar, je ne rêvais pas. Mon urine coula entre mes jambes, tomba à terre. Je le vis regrimper sur la fenêtre et il disparut comme il était aussi vite venu. C'en était fini de mon repos, plus jamais je ne pourrai fermer les yeux, plus jamais je ne pourrai trouver ce sommeil si réparateur ! Je ne pouvais plus respirer, mon cœur bloqué par cet effroi, tenta de s’arrêter. L’heure du diner approchait, les infirmières pénétrèrent dans ma chambre. Devant ma torpeur et malgré leur douce voix, je ne pouvais bouger. Descendre me paralysait, bien que cela fut ma seule issue de secours de protection. Et si Arthur savait... S’il revenait... Peut-être était-il caché derrière un arbre comme il me l’avait avoué, avec des jumelles observant le moindre de mes gestes ? Je me sentais nue. Il valait mieux que je restasse seule si je tenais à ma vie. Il m’avait interdit de parler sous peine cette fois-ci de ne pas me louper.

Le directeur vint me voir, et renouvela sa proposition d’écrire sur une feuille blanche le nom et prénom de mon malfaiteur. « Inscrivez son nom, si vous ne pouvez pas parler ou si vous craignez de le dire à voix haute. Ecrivez juste son nom. » J’attendis la nuit. Pour la première fois, me sentant entourée, j'osais tracer, d'une écriture hésitante les lettres du prénom du scélérat . « A.R.T.H.U.R. » en lui stipulant que je l'avais vu dans ma chambre, ici-même, et qu’il me guettait depuis le parc. Je crus qu'il n'allait pas me croire. Il prit mon billet et me demanda d'attendre dans son bureau le temps d'un appel. Quelques minutes plus tard, la maison de repos fut envahi de policiers. Je craignais trop d’aller dans ma chambre, dans mon lit, et préférais dormir, assise sur le sol du couloir commun. J’étais à la limite de la folie ! Non, il ne fallait pas que je m'endorme, il fallait rester éveillée.. Arthur fut arrêté sur le toit de la maison. Un sentiment de terreur s'emparait de moi. Je ne pouvais pas, plus, m’accepter dans cet état total d’anéantissement, je me dégoûtais au plus profond de mes entrailles.

Une question sans cesse envahissait mon esprit. « Pourquoi DIEU, n’avait-il pas voulu de moi. Pourquoi ? Pourquoi ? »

Tous m’appelaient la « miraculée ».

Le responsable de l’établissement me tint au courant de la venue de ma famille.

Je revis ma sœur aînée, Zina, son époux Pierre et la plus jeune de mes sœurs, Eva. Comme c’étaient des membres de ma famille, ils avaient eu l’ordre par le S.R.P.J. de Versailles de m’emmener à Clermont-Ferrand, ville où ils habitaient. Je ne savais comment l’expliquer, mais Zina et Eva ne semblèrent si loin de moi, si étrangères. Du même sang pourtant, cependant nous étions tellement différentes physiquement. Elles deux avaient les yeux bleus, moi les yeux verts. Elles me dévisagèrent comme si elles étaient devant une inconnue. Les bonjours furent rapides, sans commentaires. Pierre, le mari de ma sœur aînée, s’empressa de prendre ma maigre valise, m’installa à l’arrière au côté d’Eva. Personne ne disait mots. Je les dérangeais, c’était inutile qu’ils me le précisent. Cette autoroute annonçait le commencement de mon néant. A travers les vitres de la voiture, mon regard se perdait bien au-delà du paysage. Mes yeux n’étaient qu'un ruisseau de larmes. Mon cœur pourtant était plein de joie en revoyant mes sœurs. J'avais gardé d'elles un vague souvenir, surtout en ce qui concernait Eva, la plus jeune. Mon dernier fut lorsqu'elle avait trois ans à peu près. Elle avait été recueillie dans une famille campagnarde et c'est tout ce que je savais. Oh, je l'avais revue, il y a bien longtemps accompagnée des sœurs de Saint Vincent de Paul, je me souvenais vaguement d'elle, je devais avoir cinq ans. L'image fut celle d'une fillette assise, près de gens que je ne connais pas, dans une cuisine sombre, je me souvenais d'une maisonnée dans l'obscurité. Soudainement, j'entendis : « Tu sais, l’on nous a pas invité à venir te chercher... nous y avons été contraintes…par la justice. Remercie-nous d’être venues. Saches que cela nous coûte beaucoup sans parler du trajet. On t’aurait bien laissée, tu sais...Enfin puisque c’est ainsi, soies quand même la bienvenue. Pendant quelques jours, tu vivras chez nous, ensuite on avisera ». Ces mots envahissaient mon cœur de tristesse. Je devenais unique pensée, unique question : pourquoi n’étais-je pas morte... ? Je voyais bien que je leur faisais peur. Mon corps squelettique désirait n’être plus que des cendres. «Mourir, Mon Dieu pourquoi tu ne me l'as pas donné la mort? ». Ma pensée s’envolait, je ne voulais plus rien écouter. Devenir sourde ! Mon âme se remplissait d’amertume. La belle jeune fille m’avait quittée. J'offrais une image de terreur avec mes cheveux rasés. Juste fraichement coupés par le coiffeur, avant qu’elles viennent me chercher. Plus rien ne garnissait ma tête. Plus rien n’existait. Seule mon âme. J’étais un spectre ! Telle était ma pensée, tel était le dégoût de moi-même .Je voulais me taire à jamais. Un prénom, j’entendis un prénom.

« Ton amie Dorienne avec son compagnon habite à Clermont-Ferrand. Ils nous ont si souvent parlé de toi. Ils t’aiment et t’apprécient beaucoup, tu sais. Nous nous connaissons et bientôt, tu la reverras », m’avouait doucement Eva, la plus jeune qui me semblait motivée à faire ma connaissance. Discrètement, elle prit ma main. Une lueur de gaieté traversa à mes yeux. Le trajet ne parut interminable, plus de quatre cent kilomètres à parcourir, accompagnée de mots muets qui en disaient long. Pourquoi avions nous été ainsi séparées ? Je me devais de l’accepter. La dernière fois que j’ai embrassé ma mère c’était à l’orphelinat. Rapidement, elle était venue me rendre visite. Je n’ai d’elle que ce seul souvenir : celui d’une superbe femme bien portante, le rire aux lèvres et m’entourant de toute sa tendresse. Fillette, je m’arrachais à elle pour ne plus jamais la laisser partir. Instant d’espoir. Rêves fous. Souvenir d’une bague glissée à mon doigt. La Magie était finie, elle était repartie.

Oh ! Soleil de mon enfance, comme tu es déjà si loin !

Notre arrivée dans la demeure de ma sœur Zina, à vrai dire s’était effacée de ma mémoire. Vide d’un trop plein de terreur, je ne me souvenais de rien, l’on m’avait fait un lavage de cerveau. Qu’il était loin ce temps ou nous riions ensemble ! Je me laissais guider à la découverte de ma nouvelle vie. Chaque matin, je me devais de prendre mes médicaments. Zina prenait bien soin de suivre à la lettre l’ordonnance dont les précieux cachets de ma guérison furent gardés comme un trésor dans une boîte qu’elle avait reçu en main propre de l’infirmière dès son arrivée.

Opium de ma mort !

La perte de mon identité guettait la porte de ma renaissance. Lorsque le soleil daignait se montrer, j’allais de mes pas vers des lieux inconnus dans cette ville, avec toutefois l’interdiction de m'aventurer trop loin de leur immeuble. Leur inquiétude ou leur embarras m’épiait à chaque instant. Je finissais attablée dans un bar du coin tout près, avec une feuille et un crayon. Les verres de bière ou de diabolo menthe devenaient mon abreuvage. Le gouffre du néant m’obsédait. Personne ne pouvait m’approcher, et je ne voulais personne à ma table. Dans mon dos, mon protecteur, un parapluie, arme de ma peur, me tranquillisait, assurant ma défense. A la moindre approche d’un être, j’étais à l’affût, sur ma défensive. Mon regard leur lançait tellement de flammes qu’ils n’osaient parfois pas m’adresser la parole, et c’était mieux ainsi. La chaleur de cet été devint hivernale pour mes os.

eChaque croisement de rue était une torture, une ombre dans mon inconscience, j’avais une vision de mon agresseur tortionnaire sans relâche. Et s’il me poursuivait ? Mes soirées n’étaient pas des plus gaies non plus. J’essayais de revenir à la réalité, de m’intéresser à ma famille, à mes neveux, à la vie de tous les jours. Je partageais leurs repas en me concentrant sur leurs récits. Je m’interdisais de repartir dans ce tunnel que j’avais entrecroisé dans du blanc parsemé de troubles.

Tunnel de mes tumultes ! Tunnel de l’appel de la mort.

N’étais-je pas devenue ainsi une morte vivante ?

Oh dieu des ténèbres de mon existence, j’implore ton aide !

Après une brève réunion « Nous ne pouvons plus te garder, tu comprends avec les enfants.. ». Ma famille m’informa qu’elle avait pris rendez-vous avec l’hôpital, seul endroit où il restait de la place, service thérapeutique. Ils me considéraient comme « folle ». Inutile que ces mots sortent de leur bouche, je l’avais lu dans leurs yeux. Mon sac était prêt, moi non. Comme une enfant docile, je me suis laissée emporter. Mais savaient-ils que je comprenais tout ? Savaient il que ma pensée étaient en eux ? Savaient ils que je savais qu’ils allaient eux aussi m’abandonner ? Le comprirent-ils vraiment?

Errance dans un cœur qui bat !

Le nombre de mes passages dans les hôpitaux n’en finissait pas, encore un. Ma chambre était prête. J’observais les malades autour de moi, cherchant leur regard. Je marchais dans le vide. Premier repas, premiers échanges. Certains d’entre eux m’invitèrent à jouer à la belote. Enfin, quelques jeux qui allaient me divertir ! La compagnie d’hommes et de femmes qui souffraient dans le tourment me ferait le plus grand bien car avec eux tout devenait limpide. La souffrance ils connaissaient, nous avions des points communs. Sourire, convivialité, j’attendais. Dialogue, j’aimais. Nous avions le droit de porter nos propres vêtements. Nous avions le droit aux rayons de soleil, à la tranquillité. Le personnel était vraiment très gentil. La nuit, l’une des infirmières s’introduisit dans ma chambre. Tout de suite, je fus en alerte de ses bruits pourtant si imperceptibles. Ma crainte omniprésente me réveilla d’un sommeil à fleur de peau.

« Vous ne dormez pas ! N’ayez pas peur, je prenais juste votre tension. Avalez ce comprimé, il vous aidera à vous rendormir, commanda-t-elle ». C’était ainsi tous les jours.

La monotonie finissait par m’agresser. Debout, diner, belote, coucher même heure, tout était immuable. Vînt le jour où je fus appelée devant un psychiatre. Tests en tout genre. Ce ne fut pas à moi qu’il donna le résultat, mais à ma famille. Suite à un rendez- vous, je le vis d’un air semblant rassuré. Quand à mes sœurs, les épreuves, qui nous avaient séparées, furent une grande cicatrice qui ne se refermera jamais. De mon désir d’amour j’attendais tout. Ils durent me faire rentrer à la maison sous l’œil inquisiteur d’Eva.

« Mon mari, a regardé tes comptes, tes salaires sont virés chaque mois depuis. Donc nous avons pensé que tu pouvais prendre un appartement. Veux-tu bien donner ta signature de façon à ce qu’il règle tout. Nous t’informons aussi que ta voiture, se trouve à la fourrière.»

J’écoutais en silence, d’un air lointain, certaine que j’étais de trop, comme chez notre frère à Marseille. Leur attitude me paraissait embarrassée, gênée, mais ils durent se plier à la volonté du docteur. Une fois installée, ma sœur m’invita à prendre un café. L’atmosphère lourde rendit les échanges compliqués. Pierre entama une ouverture de conversation par bonne conscience.

— Dis-nous que tu n’as pas voulu attenter à tes jours ? Tu sais nous avons tous pensé à cela. Dévoila son mari.

— Ne t’inquiètes pas, nous nous occuperons de tout. Nous te trouverons un appartement dès que tu iras au mieux. Donnes-nous ton accord, Flore, il faut que mon mari ait la procuration sur ton compte pour qu’il puisse régler les démarches administratives.il nous manque plus que cela afin d’éclaircir ta situation.

Ma tête chavira, je voulais fuir, fuir très loin. Je signais leur document bancaire sans contredire, car leur question m’avait surprise et une douleur s’installa dans mon estomac. Que grand bien leur fasse, si cela leur plaisir de diriger ma vie ! M’évadant, je ne pensais qu’à une seule chose : ma peinture, mes pinceaux, mes toiles. Il me fallait les récupérer. Mes larmes n’étaient qu’à moi-même, mon âme n’était que déchirure, descendue au plus profond de la désespérance. Inerte, j’attendais le jour de ma délivrance. Mes promenades surveillées comme une adolescente par des heures ponctuelles de sorties et de rentrées, commencèrent à m’ennuyer. Par de-là les barrières du petit jardin, je scrutais mon destin. Quel serait-il à présent ? Mon corps enivré de tant et tant de drogues était comme un être sans pensées ni conscience. Que lui importait le soleil ou la lune ? Je passais mon temps à attendre, encore et encore. Comme une somnambule, je suivais les sorties d’Eva : faire le marché à Montferrand. N’avait-elle pas compris que je ne voulais plus rien, ni bijoux ni fringues ? Elle faisait de son mieux pourtant. Je voyais tous ses efforts. Les désirs simples d’une femme m’avaient quitté. La coquetterie ne faisait plus parti de mon langage. Je l’écoutais sans l’entendre. Petits à petits tout se ferma en moi. La joie et sourire n’existait plus. Muette de mes mots, esclave de ressentis. Mes paroles s’envolaient dans la noirceur de mon subconscient. Jadis j’étais, aujourd’hui je n’étais plus. Livrée, abandonnée, enchaînée à un passé déjà si lourd. A qui pouvais-je confier mes craintes et mes doutes, à qui pouvais-je confier cette haine de l’homme qui grondait en moi et qui prenait place dans ma vie ? Avais-je perdu confiance en l’être humain en moi ? Qui étais-je vraiment ? L’amour existe-t-il ici bas, vraiment ? Toutes ces questions que je ressassais sans avoir de réponses. Les rues et ruelles de Clermont-Ferrand n’avaient plus de mystères. Les moindres centimètres des places et quartiers, mes pas les foulèrent. Les squares, les parcs furent mes alliés du silence.

Ô ma source vive, mon Éternel, je veux m’abreuver de ta vérité!

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Publié le par AURORE
Publié dans : Flore ou la rage de vaincre

7- L’appel de la nature

Petit à petit, sur les rivages de mes méandres resurgissaient les facultés naturelles du goût, du toucher de l’odorat. Mes doigts s’agitaient fébrilement sur le chemin de la plume. Un bonheur intense et indescriptible rayonnait, écrire, réécrire, ne plus mettre de croix à mon nom ! Mes années de jeune fille, combien je vous aimais dans cette insouciance de l’être !

Quelques jours plus tard, mon baluchon à la main, je me dirigeai vers une sorte d’appartement, « appartement » étant un bien grand mot.

« Voilà ce que nous t’avons trouvé pour démarrer ta nouvelle ici, m’annonça Zina »

Oh ! Mes yeux ont vite fait de parcourir les huit mètres carrés de la pièce unique. Un petit lit qui me rappela ceux des armées, à son pied un réchaud avec une petite bouteille de gaz pour l’eau et la nourriture, à sa droite un placard et une chaise. Lieu sûrement sublime dans une cave filtrant le rayon de lumière par un petit carreau. Le décor mural se limitait à des panneaux de canisse à mi-hauteur. Il n’y avait pas de coin pour la toilette intime, cet endroit se trouvant sur le pallier et devant être partagé avec une voisine dont les pleurs envahissaient l’atmosphère de son amour maternel. Son appartement était semblable au mien, quoique légèrement plus grand et mieux meublé, un landau laissait deviner une proche naissance. Elle m’invita à prendre une tasse de thé et me raconta son histoire. Une vie parsemée d’embuche qui déboucha sur un mariage avec un homme, dont sa passion était l’alcool. La pauvresse ! Je déposai rapidement ma valise. Ma famille qui m’attendait, me laissa ainsi aux prises de ma conscience.

« Chez nous tu viendras le Dimanche. Tes médicaments sont sur la table. N’oublies pas d’aller une fois par semaine à l’hôpital ! Me lança ma sœur »

Dans la nuit je pleurai, je pleurai. De mes jours qui suivirent naquit la vie dans mes lectures bibliques. De mes marches saccadées, de mes yeux égarés et de mon corps encore frêle, j’avais toujours l’impression d’avoir une ombre derrière moi. Parfois, je pénétrais dans un café, prenant soin de m’installer à une table déserte. « Pourquoi tes yeux expriment ils de la haine ? ». Elle était là en moi, cette haine, haine de mon noir dans le blanc. Longtemps je restais assise à même le sol, ne sachant plus où naviguer. Plus de notion de sud, d’est ou d’ouest, plus de boussole, j’avais perdu la barre de mon navire.

Le SRPJ de Versailles ne m’avait pas oubliée. Plusieurs fois, j’ai du prendre le train pour Évry Courcouronnes. Jusqu’au jour où je l’ai revu. Il était là, avec des menottes. J’avais emporté un livre cher à mon cœur de Boris Vian, l’écume des jours dans lequel j’avais glissé sa photographie que m'avait donné la mère d’Arthur et l’unique courrier qu’Arthur m’avait envoyé chez ma soeur Zina. Ses mots réclamaient un « non lieu » car personne n’était témoin de l’affaire, sauf le tunisien- Zianibé Mohamed. Le juge d’instruction m’informa que ce ravisseur avait pris la fuite sans doute vers la frontière, qu’il leur était impossible de le retrouver. J’avais envie de faire taire cette digne femme qui me demandait à chaque instant de répéter et de répéter encore et encore et toujours l’histoire d’Étampes. Pourquoi ne voulait-elle pas me laisser tranquille ? Ne voyait-elle pas que j’étais perdue ? Pourquoi toutes ces questions maintenant? Ne lui en avais je pas assez dis ? Un procès d’assises devrait avoir lieu ou au plus bas un correctionnel.

Mon Dieu, je veux repartir, rentrer, rentrer chez moi, je ne suis pas prête, ils me parlent d’avocats, de médecin, de tests. Ils me demandent de faire des tas de choses en même temps. Mais je n’ai pas envie, je veux juste mes pinceaux ma peinture, ma vie. Ne voient ils pas que je suis ailleurs...dans mon âme ?

Maryse, la mère d’Arthur me contactait souvent, m’invitait à la rejoindre à Montereau, dans le département de Seine-et-Marne, me proposant d’aller voir son fils en détention provisoire. J’avais l’impression de n’être qu’une marionnette. Je pris le train, l’esprit brouillé. « Peut être aurais-je la possibilité à elle, sa mère, de lui dire la vérité, peut être ? ». Dès mon arrivée, elle me montra aussi le poème qu’il avait soi-disant choisit à mon intention pour me démontrer de son affection. Tous les moyens pour me torturer, me ficeler, m’attacher, m’interdire de dire toute vérité. Je comprenais qu'elle ne pouvait accepter un tel acte de la part de son propre fils. Je comprenais son cœur de mère, mais je ne disais rien. La tante aussi, qui avait la caravane, était là, logée au fond du jardin. Elle passait à pas furtifs pour nous préparer du café, et sans aucun doute nous épier ou attraper au vol quelques mots à répéter. Je ne savais plus quoi faire ni quoi dire. Ne pas venir, ne plus revenir. Une tempête s’abattait en moi.

Je me devais de ne plus jamais revenir !

De retour dans mon appartement, fatiguée de ces martelassions, assise sur mon lit, j’entendis : « Soit humble. Soit humble ». Partout, j’ai cherché. J’ai regardé sous mon lit et dans le placard sans rien voir. Il n’y avait personne et pourtant, j’avais bien entendu. « Mon Dieu, protège moi de la folie qui me transperce et qui me guette. ».

Quelques jours après, un homme devant moi, se présenta muni d’une carte comme journaliste du Monde. Il voulait écrire un article, un scoop de première sur cet homicide volontaire dont il avait eu connaissance sur le dossier du parquet. Maryse, elle aussi était là. Mais Pourquoi?. Il n’y avait rien à dire au Monde, je désirais, du plus profond de moi, oublier pour survivre. Face à face, dans un restaurant, le journaliste avide de maux, gardait l’espoir d’obtenir de moi quelques aveux. Je piquais du nez dans mon assiette. Puis venu comme par miracle, des mots : « Pardonnes-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensé » pensais je, en voulant que cela s'arrête, vivre, vivre libre, donner à Dieu ma croix, fermer ma porte d’hier et ouvrir mes volets au soleil. Il ne s’attendait pas à une telle réponse, et je vis dans son regard sa déception.

Ce fut le commencement de l’ère la plus mystérieuse de ma Vie.

Miséricorde ! Miséricorde !

Mais qui avait pris possession cet être inerte dans l’ambulance ? J’étais bien dans ce tunnel blanc, au dessus de toute ombre de ma nuit. Étais-je restée ici, entre la vie et la mort ? Mon chant de l’abandon raisonnait-il toujours à mon oreille? Fermer les yeux, je le voulais. Retenir le temps, faire marche arrière. Plus rien n’était possible, je le savais. Il me fallait avancer dans le futur avec mon cœur meurtri. Je n’étais plus qu’une boule de feu. Alors, je pris la décision de jeter l’ensemble de mes médicaments sans rien demander de plus. Mes WC acceptèrent de les engloutir et même bien volontiers. A partir de cet instant, ma survie prit le dessus. Je changeai d’appartement. Sortir de cette ville aux belles pierres noires ! La campagne... je fuyais ? Non, juste j’allais à ma rencontre. Ma petite sœur me rendit souvent visite. Nous décidâmes comme n’importe quelles jeunes femmes de profiter de certains lieux d’exubérance, tels les night-clubs. Ce fut un bien être pour mon corps, heureuse de constater que sa souplesse avait résisté. Il se balançait sur ses rythmes fous et endiablés, mais dès qu’une musique de reggae surgissait, alors mon visage s'aigrissait en pensant à Monia. Qu’est-elle devenue ? Face à mon verre de gin tonic, je m’envolais vers d’autre lieu, d’autres infinis. Eva riait aux éclats, resplendissait dans sa joie. Moi, je n’étais que peau gisante sur cette banquette.

Tout était devenu la noirceur des étoiles endeuillées.

Je me plus à sortir, même si je rentrais souvent en pleurs. J’avais envie de tout cassé. Alors, mon refuge fut mes prières. Depuis mon coma rien n’était pareil. Je ressentais tout, absolument tout.

La folie m’envahissait, je le voyais bien car j’étais dans l’incapacité de ne plus voir les images de ces jours d’horreur. Tout devenait flou, tout paraissait irréel. Mon esprit divaguait dans la plus grande errance de ma vie.

Je reçus un courrier de mon avocat de Paris : il voulait m’entretenir du procès d'assises. Face à lui, les jambes croisées, je malaxais maladroitement mes mains, anxieuse. Il me posa un tas de questions parfois pernicieuses. « Il faut vous préparer, car à l’audience la partie adverse vous posera ce genre de question ». Après deux heures d’entretien, il me libéra en m’annonçant que Monia avait été retrouvée morte dans un cabinet succombant à une overdose. Il m’annonça que mon ami Didier, le guitariste, quinze jours après mon hospitalisation, avait eu un accident de voiture. Il m’annonça que Christian, le peintre, avait lui aussi eu un accident de voiture. En une seule minute j’avais perdu mes amis.

Dans le train qui devait me ramener vers Clermont-Ferrand, je pris mon courage à deux mains et fis une halte à Etrechy, près du lieu maudit. L’occasion de revoir Etampes et cet homme que je considérais comme un père, Monsieur Zacchary. Oserais-je lui avouer, sans lui faire de mal, ce que j’avais vécu, à lui qui se faisait tant de souci pour mon avenir ? Timidement, je m’approchais de mon ancienne maison, et je vis qu’il y avait quelque chose d’étrange fixée à la porte d'entrée. N’ayant pas les clés, l’âme d’une voleuse rodait.

Je regardais à droite à gauche, me hissais par-dessus mon propre portail, traversais furtivement le jardin et m’avançais de l’entrée tel un furet. Comment faire ? Il y avait un scellé, mon beau frère avait donc raison car il m'avait prévenue de cet état de fait. Je poussai et forçai, la porte céda. J’avais juste de quoi passer me tête.

La foudre était passée dans ma demeure, comme si elle m’attendait, depuis toujours...

Mes yeux parcoururent la surface habitable à une vitesse jamais égalée. Les coussins des corolles tous troués, les tabourets cassés. La paille garnissait le sol comme dans une porcherie. Tout était sans dessus dessous, comme si un ouragan avait frappé cet intérieur.

Chancelante, d’une main, je poussai le reste de cette porte qui avait été la séparation de ma chambre. Je m’éclipsais à l’intérieur. L’armoire à gauche n’avait pas bougé, les draps avaient été tirés du lit. Je fus paralysée à la vue des tâches rougeâtres au niveau du traversin. Mon regard ne pouvait non plus se détacher de cette couleur de sang sur le mur, couleur rouge marron foncé d’un sang qui était là depuis longtemps. Présents mais muets tous les objets furent dispersés, sauf, mes toiles, mes peintures et mes pinceaux. Tout était là comme si l’heure s’était arrêtée. Comme une aveugle, mes pas me menèrent à mon chevalet de travail, trop lourd pour moi à porter mais qu’importe, partir loin très loin de cet endroit maudit, fût mon seul soupir.

« Non ce n’est pas mon histoire. Je ne ressens rien. C’est étrange tout parle de moi, ici, même les papiers sont à mon nom. J’ai du rêver, un mauvais rêve, un cauchemar »

Avec détermination, je pris mon précieux chevalet sur mes épaules et rebroussai chemin en direction de la gare via Clermont-Ferrand. Dans le train une certaine tranquillité m’envahit, un doux bonheur, un précieux présent, un trésor, mon chevalet !

Comment me dégager de tout le mal reçu ? Il fallait que je m’ouvre de nouveau à la vie, si je ne voulais pas sombrer dans les oubliettes de mon esprit torturé.

Souvent, je me promenais dans les forêts, à proximité de mon village, Vic le Comte, à quelques kilomètres de la grande ville. Je prenais du temps à observer la cime des arbres jusqu’aux moindres feuilles qui jonchaient sur le sol. Lorsque j’étais au plus près de moi-même, alors surgissait un cri de douleur, comme un loup hurlant à la mort, à la rage, à la haine, au désespoir d’avoir été bafouée de la sorte. Éreintée, épuisée, je me laissais tomber. Allongée sur ce lit tiède de l’automne, je me régalai à scruter le ciel. Enfin prête, je me rendais dans un endroit prêté par un nouvel ami, Yannick, tenancier d’une pizzéria. Il avait compris mon désarroi. Tout un salon complet m’était réservé au premier étage de ce restaurant. Rien qu’à moi. Il était là, comme si mille ans s’étaient écoulés. Quatre à quatre je montais les escaliers. J’enfilais une tunique rouge, retenue à ma taille par une fine corde. Je me dirigeais vers le tourne-disque, et ma musique préférée, la Symphonie fantastique de Berlioz vibrait dans tous les angles de la pièce. Notre communion pouvait alors doucement commencer. Tout était préparé, une fusion entre cet atelier et moi ! L’heure du rituel s’avançait. Mes fuseaux, mes tubes de peintures, mes essences, mon chevalet trépignaient d’impatience. Je commençais avec délice, en oubliant mes problèmes, une juxtaposition de couleur sur ma palette en bois. Je me laissais guider par elles. Mes pinceaux, nerveusement, reprenaient le chemin de la toile blanche.

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Publié le par AURORE
Publié dans : Flore ou la rage de vaincre

8-L’ombre et la lumière

 

Deux années s’étaient écoulées, je n’étais pas encore guérie. Mes rêves étaient sombres et tristes, mes cauchemars encore nombreux. Je me haïssais. Je détestais d’avoir été si faible. Ceux que j’avais connus à l’hôpital m’offraient leur écoute et leur compassion. Mes visites chez le psychiatre étaient de moins en moins rapprochées, par bravoure sûrement de vouloir m’en sortir seule. Avec des sourires qui sonnaient l’heure du silence, mes lèvres commençaient à laisser échapper mes maux, mes pensées. Timidement, encore très éprouvée, j’optais pour une vraie ouverture : la communication. Cela me semblait difficile, j’avais perdu toute confiance en le monde et en moi.

Vérité d'un duel interminable, d'une guerre de deux mondes sans en connaître leur naissance. Vérité d'un cercle dans lequel sillonnent le bien et le mal. Quelque chose en moi heurta mon bonheur. Un sentiment indéfinissable de recul. Quelque chose de bien enfoui au fond de moi en tout les cas pour m’interdire cette joie. L’abandon de ma mère, de mon père, de l’orphelinat, tout me disait que je devais le rejeter. Fermer cette porte au oui de l’avenir. Rester là, bloquée et sans survie dans un soupçon de béatitude.

J'entreprenais de refaire du sport et reprendre des études, j'avais vingt six ans. Ce corps que j'avais délaissé, devenait ma préoccupation première. Il fallait que je m'en occupe car, me disais-je, un seul corps m'avait été donné et je me devais d’en prendre soin. Attirée par le fait que je pensais que l'homme était le plus parfait des diamants, je me lançai dans des études littéraires. Mon chemin m’avait fait rencontrer un professeur de français, Christian. Coïncidence, il enseignait à Fontainebleau. Avec lui, j'appris le sens des mots, sauf celui d'aimer. Je repris des Etudes littéraires. Me soigner était ma priorité. Reprendre des forces et mon travail, voilà ce qui m'obsédait. Cependant, retourner sur les lieux de l'agression, le pourrais-je de nouveau? Il me fallait outrepasser toutes les rancœurs de ma vie. Il me fallait dompter ce corps qui partait à la dérive et calmer ma haine. Je revoyais mes promenades au bord des rivières, je revoyais le calme que les sœurs de l’orphelinat m'avaient appris à découvrir. Tout rayonnait, tout chantait les belles couleurs clairs des eaux vives.

Bien des lunes et des levers de soleil avaient défilé, bien des journées à ne rien faire avaient rempli cette misérable vie qu'était la mienne. C’est en silence que mes amis étaient près de moi en attendant sans doute mon réveil. Dans le hangar de ma vie je regardais mes désirs et mes joies déposés. Je remontais le temps depuis mon enfance. Je voulais me revoir, comprendre pourquoi mon chemin de doux bonheur m’avait fuit. Faire un retour en arrière sur toutes ces catastrophes comme si que le miroir me rendait l’illusion d’être encore là à cet instant précis dans mon passé. Il me fallait beaucoup de courage et d’abnégation, je ne devais surtout pas me flatter. Accepter le beau, le vrai de mes qualités, accepter aussi le laid de mes défauts. Enfin de compte, je voulais aller à la rencontre de moi-même.

Dimanche, nous étions Dimanche, ma sœur Zina m’attendait pour le repas partagé de ce jour. Je me devais d’être présente, je le devais, sinon elle penserait encore que ma place était ailleurs. Me dire que tout était possible, que l’avenir m’attendait et qu’il me suffisait d’avancer et de croire en la concrétisation d’un avenir meilleur.

Était-ce aussi simple que cela, lorsque Dorienne me disait de tourner la page ? Mais quelle page de ma vie alors que je ne voyais qu’un grand trou noir ! Mais qu’en était-il de tous mes rêves ? Rien juste un rêve. Parfois j’avais si froid, si froid dans mon grand lit ! Parfois j’avais si peur, peur de ce monde qui me faisait du mal à en mourir. Où étais-je réellement ? Entre deux mondes parallèles devant mes réalités ou n’étais-je que le fantôme de moi-même ?

Le temps me semblait long, cette providence que j’attendais tant, sera-t-elle là aussi pour moi ?

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Publié le par AURORE
Publié dans : Flore ou la rage de vaincre

Épilogue

 

Je me résignais à vivre à jamais avec cette histoire, ma vie n'aurait plus jamais le même sens, quand à ma vie professionnelle, j'ai démissionné de mon poste en Bibliothèque d’Étampes.

Un matin de printemps, je ne leva tôt, d'un grand élan pour marcher dans la nature.

Ce fut au travers des monts et des vallées de notre belle campagne du Puy de Dôme qu'enfin, je réussissais à pousser un immense cri sorti des profondeurs de mon ventre. La vie entrait dans mes poumons, reprenant sa place de reine. Elle sentait bon. Elle avait une odeur de renaissance que je n'avais pas respirée jusqu’alors. Le bonheur tranquillement s'installa. Je souriais, enfin je riais. Près d'un ruisseau, je m’arrêtais, buvant son eau claire, limpide et fraiche. Nue, je me laissais glisser, sans me soucier du monde des humains, me surprenant à faire la planche, à nager, à glisser dans cette eau claire. J’avais trouvé un endroit d'une beauté sans égal ou les oiseaux gazouillaient. Son clapotis sauvage enveloppait tout mon corps. Le vent léger vivait à sa guise. La musique offrait à mes oreilles ses notes claires, qu'en une seconde, elle recouvrait mon corps qui s'enfonçait dans le sol frais. Le temps n'avait plus sa place. Il n’y avait que moi et la nature. Je voulais danser à en perdre haleine, respirer à en être ivre. J'étais comme un feu follet, voulant embraser la vie, bousculer le monde. Au fond de moi, je voulais m'oublier. Vivre dans le rêve de cet amour que j’avais laissé échapper comme une sorte de vagabondage de mon âme.

Je criais " Holocauste ! Holocauste !" , contre ce bourreau, priant notre puissant Seigneur de me donner la force, le courage et rage de vaincre.

 

AURORE

 

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Publié le par AURORE
Publié dans : Flore ou la rage de vaincre
lettre  (Dorienne) en 1984

lettre (Dorienne) en 1984

EPILOGUE 2

 

Tout au long de ces années j'ai gardé son courrier que je n'ai jamais donné au SRPJ d' Evry, oublié dans un livre de Boris Vian, retrouvé il y a peu de temps.

J'ai lutté contre cette terrible histoire, lutté contre cette injustice.

Tous ceux et celles qui n'ont rien demandé et qui au hasard de leur vie subisse un dommage, dites vous bien à quel point je comprends votre douleur.

Sachez que le temps est long pour réparer, seul votre force à vaincre les méandres de l'ombre obscur dans lequel nous glissons permet de continuer d’espérer

Bien souvent je me suis dis qu'un jour quelqu'un lira ces quelques pages et que la justice rétablira la Vérité.

Parfois malgré soi et surtout comme des événements que nous venons de passer, à Paris, ici en France et dans le monde, dus au terrorisme, à la haine, à la jalousie, me replonge dans des images que moi j'aurai bien voulu oublier.

Alors je m'accroche et je continue de sourire car tout près de moi je sais que je suis aimée et c'est cela qui me donne la puissance dans mes écrits et dans ma peinture.

Mais tout mon être restera à jamais blessé.

 

lettre de Martine (Dorienne) en 1984

lettre de Martine (Dorienne) en 1984

" Lui ARTHUR avait bénéficié d'un non-lieu au procès du tribunal correctionnel d'EVRY. Je n'étais pas présente ce jour là car je n'en avais pas eu le communiqué et que de toute façon je n'étais pas encore prête pour revivre cette histoire.l'instigateur Zanibé Mohamed, il ne fut jamais retrouvé.Seule moi savais.

ARTHUR vivra toutes sa vie avec ce qu'il a fait : cogner, battre, piquer et braquer d' un coup de revolver de sang froid et tirer sur un humain qui d'autant plus n'est qu'une femme! Quoi de plus lâche. Il vit tranquillement maintenant avec sa famille dans sa boutique d'Etampes, sans jamais avoir été ennuyé.

Au fond de lui, il doit bien sourire de tout cela, car lui savait que l'histoire de Flore était vraie ! Pour lui? une tentative d'homicide volontaire lui a valu que quelques semaines de prison à Fleury Mérogis.

Juste à redire ces mots : " Tu vois, je sais bien tirer...tu n'es pas morte..."

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Publié le par AURORE
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http://agendapoetique06.wordpress.com/2013/02/12/le-printemps-des-poetes-a-la-colle-s-loup/

 

 

 

Présider par ANDRE CHENET

 

 

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Venez à la découverte de la poèsie !

 

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Publié dans : REVUE DE PRESSE

Ils commence à faire parler d'eux !

 

"On Cloud Nine"

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Ils sont partis tôt ce matin comme tous les Samedis Matins

 

Gaetan, le compositeur du groupe et guitariste,

Mendi, bassiste

Tom, guitariste rythmique

Léo Mercier, Batteur

 

 

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Publié le par AURORE
Publié dans : REVUE DE PRESSE

Bonjour AMI(E)S Lecteurs, Lectrices.

 

Ce premier site étant assez surchargée

J'ai donc décidé d'ouvrir un deuxième blog

 

 

Les manuscrits d'AURORE-Blog2

 

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