3.2 : Les illusions perdues dans le noir
La nuit venue, il n'était pas question de bavardage durant le repas commun, chacune d'entre-nous fixait son assiette au
plus vite. Souvent nous avions des soupes accompagnées d'un morceau de pain que nous nous arrachions et avalions avec grande faim. Le temps d'après était loin d'être calme, les unes regardaient
la télévision dans une salle ou nulles chaises ne se faisaient voir, seulement un épais halo de fumée blanche, d'autres sortaient ou discutaient avec une voix à faire vibrer toutes les vitres de ce
foyer.
« Flore tu es nouvelle, et si tu veux être des autres alors il te faut prendre cette
cigarette. Tu verras comme cela est bon. Allez ne fais pas ta timorée. »
Une grande jeune fille d’allure un peu farouche me regardait tout en fixant droit dans les yeux.
Elle me semblait dirigeaient beaucoup d’entre elles.
« Aspire un grand coup et avale. Puis ensuite souffles. Allez fais ce que je te dis sinon
ici sera ton enfer »
Les autres assises en tailleur pour la plupart se levèrent brusquement et virent autour de
moi.
« Ou la lâcheuse, c’est une espionne cette fille là. Fume mais fume
donc. »
Ma bouche se remplissait d’une odeur nauséabonde, mes poumons se gonflèrent et voilà que je
recrachais de la fumée moi aussi
« Et bien voilà, ce n’était pas si difficile. La prochaine fois on te demandera autre chose
à faire »
Le groupe s’en alla sous des huées de ricanements
atroces
Aux toilettes je me suis retrouvée.
j'essayais de faire de faire mes devoirs dans
un coin où je pouvais enfin être à peu près
tranquille. Les filles m'avaient prisent en grippe, des ordures étaient dispersées dans mon lit, ou alors mes copies de classe et mes devoirs maison furent souvent déchiquetés comme du vulgaire papier. Sans
faire de bruit, je me levais dans la pénombre pour les recommencer. Je ne disais rien au risque du pire comme une fois d'en haut des escaliers à
peine arrivée j'avais reçu sur la tête un saut de fer rempli d'eau, cela les avaient fait bien
rire mais pas moi.
Nous avions un surveillant de nuit. Il montait avec une lampe de poche, de la bière dans ces poches la plupart du temps. Il passait en revu
chaque lit, chaque fille en pointant sa lumière sur notre corps. Je m'enfonçais sous la couverture râpeuse marron fermant très fort les yeux ainsi il croyait que je dormais. Des voix résonnèrent
dans les soirées sombres, je les entendais lui et les autres qui riaient et parlaient à voix haute. Quelques fois il y avait un grand chahut, tout devenait mouvement et précipitation, des draps en guise de corde étaient fixés
aux fenêtres, des filles en descendaient ou des hommes étaient là grâce à l'accès grand ouvert de la porte d'entrée. Un jour l'une d'entre elles,Brigitte avait un gros ventre, enceinte, se pressait vers le
petit lavabo du grand dortoir en prenant son sein. Il en sortait un liquide blanc, du lait
je pensais. Elle en était
fière. C'était la
préférée, la chouchoutée de notre
vieux et malsain surveillant. Elle
avait droit à un coin dortoir fermé, grand d'un peu plus que notre salle bain à nous toutes.
Notre foyer à dire vrai avait une drôle de réputation, à l’extérieur l’on me disait que la nuit il possédait une lanterne rouge à son
entrée.
« Oh pourquoi l'orphelinat avait-il fermé ? Pourquoi
étais-je ici? »
Je le savais moi bien sur. Ma mère avait divorcée et disparue comme si qu'elle n'avait jamais existé, comme si je n'avais jamais
existé. Mon père n'avait pas voulu me
reprendre, il s'était remarier et sa nouvelle compagne ne voulait pas de moi. Mes sœurs étaient au loin et mon frère je n'en avais plus de nouvelles depuis fort longtemps. Étais-je donc
un monstre ou si vilaine pour que personne ne veuille de moi?
L’école fut mon
refuge.
AURORE
à suivre
3.3
- A LA DECOUVERTE
DES JEUX DE ROLES
Bisous Aurore