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REVERIE

 

 

Texte Libre

Vendredi 5 décembre 2008

...Merci à TOI qui me liras sans défaillir...
 

 FLORE OU LA RAGE DE VAINCRE - I- :

L'EVEIL D'UN SOURIRE.

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1.1 - Pour l'amour d'une mère

Marilyn ce jour là sous les yeux éblouis de son prétendant Robert fût plus resplendissante que jamais. Lui, avait les yeux bleus comme le ciel, les cheveux courts et bruns. Son visage était souligné par une petite barbichette sous le menton, qu'il touchait souvent avec ses mains comme si qu’il réfléchissait fortement ou comme si quelques ennuis le tracassaient. Le dimanche de repos, elle était revêtue d’une jolie robe blanche. Il la trouvait merveilleuse et d’une beauté sans égale. Il s’empressa de sonner chez sa tante Arlette.

« Madame, me permettez vous d’emmener Marilyn votre nièce au bal ce dimanche, ce serait un grand honneur. »

Robert dont le regard était franc, rieur, se montrait un peu timide. Il avait choisit de mettre une rose blanche à sa veste.

Arlette qui avait coutume d’entendre des coups de sonnettes et des demandes d’invitation pour sa nièce, fut cette fois-ci moins suspicieuse.

« Entrez. Vous prendrez bien un café ? »

Ils se dirigèrent vers l’unique pièce qui faisait office de salon salle à manger et aussi chambre à coucher, cependant les lits étaient dissimulés derrière un grand rideau blanc cotonneux.

Nerveusement, il prit la tasse de café dans sa main droite et la soucoupe dans sa main gauche, en évitant de balancer sa jambe qui était croisé sur l’autre. Il prit une grande respiration discrète.

«  Dans quel atelier travaillez-vous ? Vous êtes bien à la mine n’est ce pas ? Comment avez-vous rencontré ma nièce, dites-moi ? »

Tant de questions. Robert un peu embarrassé se prêtait volontiers.

« Effectivement mais le poste que j’occupe et celui de conducteur de travaux. »

« Bien, bien, cela me rassure car il y a tellement d’accident dans ses mines. »

Elle passa en revue toutes les questions. Il répondait docilement, avec sourire.

Enfin Marilyn se montra. A la vue de ce jeune homme qu’elle trouvait beau et élégant ses joues prirent une couleur rosée.

« Ce jeune homme Robert souhaite aller au bal en ta compagnie et je lui ai accordé »

La demande étant faite. Les deux jeunes se dirigèrent vers la sortie avec une joie qui se lisait sur leur visage.

Elle avait des rétines couleurs noisette et de longs cheveux roux ornaient sa tête.  Elle eut le cœur qui bondissait comme si qu’il allait sortir de sa poitrine. Elle savait que c’était l’homme de sa vie.

 

Ils dansèrent, dansèrent, elle qui avait chaussé des petits escarpins blancs n’eut ni mal aux pieds ni mal à la tête. C’est en ce dimanche de fin de printemps qu’ils se sont promis l’un à l’autre. Ils se marièrent quelques mois plus tard, sous le regard approbateur de tante Arlette. La célébration nuptiale fut simple et courte. Ils eurent quatre enfants, Féliks, Zina, moi Flore la cadette et Eva la dernière.

Ils quittèrent Montluçon afin de construire une nouvelle vie loin des images noires que la guerre avait laissées.

Leur maison se trouvait à Moulins dans l'Allier au cœur du Bourbonnais, ville d'un Beau Jaquemart qui sonnait le glas, mais aussi ville d'un passage de Jeanne d'Arc, dont une flèche était restée dans le mur de l'ancienne prison. Cette ville de silence et endormie était enrichie d'une grande histoire qui a vu naître en ces murs le Duc de Villars en 1653, mais aussi Richard Bohringer en 1941.  Elle possédait des monuments classés comme sa cathédrale qui s'élève majestueuse dont sa renommée est mondiale.

Sa mère était très active. Chaque jour on l’entendait vaquer vers 4h du matin. Elle attendait le départ de notre père  pour nous donner en cachette un morceau de pain et du sucre.

« Réveillez-vous, l’heure sonne, qui veut du sucre ? »

 

« Dépêchez vous prendre votre lait, mes chéris, nous allons être en retard. »

Bien que leur école maternelle fut à proximité et facile d'accès  à pied, à condition de bien faire attention à la voie ferrée, elle craignait toujours les longues conversations des maîtresses à notre sujet. Les heures  coulaient heureuses surtout à l'heure tant attendue du demi matin. Des biberons de jus d’orange nous attendaient. Jours lointains de bienfaisance, chers à son cœur. 

  

Lorsqu’ils rentraient, Féliks avait l'autorisation de se rendre dans l'unique petit magasin du coin de la rue, marchand de fruit et de vin quelque fois je le suivais discrètement comme un chat qui suit sa proie.

« Attends-moi Féliks » cria-t-elle derrière lui déjà loin.

Furieux, il se retournait

« Rentre à la maison sinon maman va te gronder. »

Elle n’avait pas envie de l’écouter et faisait mine de pleurer.

« Arrête de pleurnicher, je ne dirais rien toi non plus d’ailleurs, allez viens et surtout n’en parle pas à  ».

Elle était aux anges de faire cette escapade avec son frangin qu’elle adorait.

Un jour, la tentation fut trop forte, un étalage de pomme l’attira plus qu’à l’ordinaire et elle en mit une dans sa poche sans prendre garde si l’on la voyait.

« Voleuse petite gamine, je vais appeler ta mère ! Elle me la réglera et toi tu recevras une correction, histoire de te dressée.»

Elle détala à toute vitesse les jambes à son cour. Son frère la rattrapa très vite.

« Viens là Flore, donne moi cette pomme que je la rende. Te rends tu compte que tu deviens une voleuse. Que va dire notre mère ! J’ai honte de toi ! »

Sa joue reçut sa main. Une vraie course poursuite s'engagea et elle devint pour le reste de la journée, l'enfant isolé de la famille. Le cœur de sa tendre mère dans la soirée la pardonna. Il était l’heure pour eux de se laver. Manouska se munissait d'une grande cuvette en inox qu’elle déposait à même le sol dans la petite cuisine remplie d'eau chaude qu’auparavant elle avait pris grand soin à faire bouillir ou si le temps lui permettait dans le jardin, un endroit agréable où Flore aimait flâner, sentir les feuilles et les fleurs et se rouler dans l'herbe.

« Aujourd’hui, ce sera le tour d’abord de Zina puis d’Eva de toi Féliks et puisque Flore nous a fait des bêtises elle passera la dernière. »

Assis sur un tabouret ils attendaient leur tour sagement. Manouska  frottait leur corps avec un gros savon noir et un seul gant, puis elle frictionnait leur dos de tout son amour avec une unique serviette de bain. Elle semblait heureuse, la mère, sa voix était tellement claire et si apaisante.

« Féliks mais quand auras tu fini à cinq ans de faire au lit, tu seras toujours la risée de tes sœurs et elles auront raison de se moquer de toi, mais quand te lèveras tu ? »

Il hurlait à chaque passage du gant de crin, elles ses sœurs riaient ! C'était devenu un vrai rituel. Lorsqu’il faisait beau temps, le petit jardin se transformait en salle d'eau. Leurs jeux ravissaient le cœur de la maisonnée. Les mots résonnaient avec douceur. C’était leur bonheur, leur rayon de soleil. Ces moindres gestes devenaient des figures de ballets, Flore la suivait, l'admirait. Elle était comme son ombre. Elle ne voulait jamais s'en séparer.     

 

  

Les enfants l'aidaient de leur mieux dans  le ménage quotidien qui n'était pas leur fort. Flore était près d'elle à côté du lavoir en pierre dans lequel elle lavait notre linge à la main. Elle s’'accrochait à ses jupons, aimant l’odeur de la lessive et surtout les bulles qu’elle faisait exprès de laisser tomber, toujours prête à se rendre utile.

Un mini klaxonne retentissait dans la rue.

« Surveille l’eau, Flore, c’est monsieur Martin qui nous apporte les nouvelles, je reviens vite »

En bicyclette il proposait des queues de lapin. Il marquait toujours sa présence au portail d'un coup de sifflet, ainsi qu’à chaque maisonnée. Avec grande impatience leur mère le guettait. Auparavant elle avait pris grand soin de préparer les grands couteaux. D’un geste rapide, elle renversait sa tête tout en ébouriffant ses cheveux telle une crinière au vent.

« Madame Crespin, que vous voilà bien rayonnante, j’ai pensé qu’une livre de beurre vous plairait en plus des lapins habituels. »

« Parlons doucement, les enfants nous entendent et nous surveillent derrière la haie, j’ai quelque couteaux à vous donner. »

Manouska avait tout préparé sous son grand tablier blanc.

« Bien joli m’dame. Quelles sont les nouvelles ? J’ai choisis de vous raconter au sujet de Ben Hur. Je ne l’ai pas vu. Mais il déjà rapportait plus  trois oscars au festival de Cannes, meilleur Acteur le beau Charlton Heston et meilleur film et réalisateur. Vous le verriez à vous en faire rêver. »

« Vous aiguisez bien les couteaux, mais j’avoue aussi ma curiosité, racontez moi ! »

« Ah je ne peux pas tout vous dire, mais cela se situe au temps de Rome de Jules César, de Jésus Christ, une grande saga dit-on. Un film avec des milliers de personnages. ET les costumes faut voir il parait que du grandiose. »

Les discussions allèrent bon train car c’est lui qui leur délivrait les nouvelles du jour, comme un vrai journal, trop cher à cette époque pour les revenus modestes de leur famille. Il côtoyait tout et tout le monde, il savait tout et connaissait tout, ainsi il nous colportait les plus belles histoires de nos quartiers mais aussi les plus terribles telles que la maladie d'une voisine ou même la mort. Il était comme un reporter. Il proposait d'affûter les couteaux et aussi  les ciseaux. Les jours de fêtes  il s'équipait d'une machine dans laquelle étaient insérés des cartons à trous et lorsqu'il tournait une manivelle des sons d'une magnificence en sortaient, Un doux rêve comme dans les plus beaux contes, comme si nous étions à un concert dans notre belle Basilique. Mère nous affirmait que tous ces objets avaient la magie des bienfaits.

Flore l'aimait bien cet homme.

Son père aimait fortement la chasse. Il avait positionné au mur en guise de décoration plusieurs fusils et épées sur un tissu feutré rouge. Ce décor semblait étrange venu d’un autre monde tout en dégageant un certain mystère devant la nudité murale. La jeune enfant avait tendance à se hisser sur une chaise pour les toucher, son père le lui défendait avec colère, la voyant toujours se risquait sur cette chaise au risque de tomber.

Le comportement de leur père parut quelque fois incompréhensible il lui imposait ainsi qu’à son frère de l’accompagner dans ses promenades éloignées de leur maisonnée. Parfois elles  semblaient si étranges. Dans une caravane ils étaient à l’arrière tapis en entendant de drôles de bruit.

« J’ai peur, j’ai froid, Féliks. »

« Chut, tais-toi il va nous entendre. Ne dis rien petite sœur et surtout ne raconte rien à maman, sinon de vilaines gens viendront nous chercher. »

Alors les larmes coulaient de ses yeux verts.

Une heure ou deux à rester ainsi sans bouger, puis ils regagnaient leur demeure sous l'œil inquisiteur de la tendre madone. A voix la plus basse, ils parlaient de ces heures à attendre sans réellement en saisir le sens. Ils étaient muets devant le chef de famille, son allure petite et robuste ainsi que le ton de sa voix porteuse les intimidaient.

Comme d'habitude, éreinté de sa journée de travail, il rentrait fatiguer. Il fallut d'une fois, d'une seule fois pour que tout bascule. Manouska, choquée de ce qu'elle avait vu étant enfant et malgré le soutien de mon père Robert Crespin son époux depuis 1954, sombrait  parfois dans un coma que nul ne pouvait comprendre. Durant ces moments alors elle rendait visite à sa grand-mère à l’hôpital qui se situait guère loin de chez eux et passait de long moment avec elle. D’ordinaire sa mère faisait de la gymnastique dans leur chambre, des explosions de joie dans leur intimité. Cette soirée là, des paroles s’élevèrent si fortes que brutalement Flore ouvrit cette porte qui leur était interdite. Elle vit sa mère dans le miroir reflétant une image défaite, revêtue légèrement, les cheveux ébouriffés, gisant sur le sol froid au carrelage rouge brique, Elle était en pleure et en sang. Le visage de mon père indiquait sa colère. Féliks entra le premier. Nous l'aidions à se relever, tandis que leur père en sortait fou de rage.

Tous l'allongèrent dans la chambre meublée d’enfants meublée de deux petits lits en fer. Elle était étendue là, chacun d’eux agenouillés au bord de ce lit. Un liquide rouge coulait de son nez.

« Petite maman chérie ne pleure pas, nous sommes tous autour de toi. »

La mère tourna doucement son regard vers nous affirmant que cela n’était rien, qu’il fallait oublier, que leur père était un brave homme. Depuis ce jour, le visage de leur tendre mère devint sombre. On aurait dit qu'un automate avait pris place dans son esprit. Féliks ne pouvant plus de voir leur mère pleurer se munit d'un rasoir se tailla le bras ainsi que celui de ma sœur, papa arriva à ce moment précis. Tout s'arrêta.

Leurs années de bonheur de mes parents dura 8 ans !  

La famille était déchirée, dissoute à jamais. Un gros cadenas fermait le portail sur lequel un écriteau il était écrit : a louer. 

Des gens qu’elle ne connaissait pas vinrent les chercher.  Flore était vêtue d'une robe blanche, un cerceau de fleurs blanches sur mes cheveux avait été posé, de jolies sandalettes ornées ses pieds. Entourée de deux femmes inconnues, elle se hissait à grande peine dans une voiture. A la vue de sa sœur aînée Eva déjà installée, elle se sentait rassurée. Au loin s'entr'apercevait le regard douloureux de leur pauvre mère. D'un timide au revoir, baisé déposé dans le creux de ma main, elle disparut. Ce fût leur dernier échange.

 

A trois ans et demi elle devait fermer les portes de son cœur à cet amour que jamais elle n’aura. Celui de sa mère Manouska et Robert son tendre père.

 

AURORE

A SUIVRE.


2.1 -LA DOUCEUR DES COEURS


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